« L’encre sans eau n’a pas de vie » : propos de Gao Xingjian sur la peinture à l’encre…


L’œuvre de Gao Xingjian 高行健 – littéraire, théâtrale, poétique, picturale, cinématographique – est polymorphe, foisonnante. L’artiste propage et défend une culture universelle. En peinture, il a opté pour l’encre en raison de grandes possibilités plastiques… Ces quelques réflexions extraites d’un entretien qu’il m’a accordé sur le stand de la Galerie Claude Bernard où il exposait en mars dernier lors de Art Paris Art Fair ont été remaniées pour faire écho à mon article intitulé « Heureux comme un poisson dans l’onde »* qui paraîtra le 6 juillet dans la revue ULTREÏA! (n°12)…

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L’encre, l’eau, la vie

« L’encre sans eau n’a pas de vie » : c’est seulement en les mélangeant que le peintre peut exprimer la vie, assure Gao Xingjian dans son recueil d’essais intitulé De la création (Seuil, 2013). Nul hasard donc s’il les utilise pour fondre « dans sa peinture sensibilité et esprit […] ». Cependant ce serait se fourvoyer que d’attribuer le choix de cette technique exclusivement à son origine chinoise. Grâce à ce procédé, où toute retouche est exclue, « l’artiste peut exprimer son état d’âme » – m’a-t-il avoué – « C’est comme si l’esprit s’envolait, il y a une sublimation. Quelquefois même pour moi, c’est magique ! C’est un miracle ! »

Une image flottante

Ce qu’il cherche, ce qu’il peint lorsque l’encre s’écoule « c’est une image flottante, qui change à tout instant et peut évoquer de multiples visions, comme dans le rêve. Quand on se réveille après un rêve, il est difficile de le décrire, mais il reste une impression », ajoute-t-il. N’est-ce pas cette fluidité, cet insaisissable, ce changeant qu’évoque ci-après le poète Yuan Hongdao 袁宏道 (1568-1610) pour la littérature dont Gao Xingjian est, de même, un explorateur de l’âme : « Aussi l’âme de la littérature et celle de l’eau sont-elles une seule et même chose sous leur apparence différente. Voilà pourquoi je ne vois, dans ce cabinet, que de l’eau. »[1]? Rien de surprenant à cette convergence puisque Gao rappelait dans son essai intitulé « Pour une autre esthétique » que « littérature et art sont à l’origine des sœurs jumelles »[2].

De la beauté

Et de s’exprimer, en mars, sur le sentiment ou l’intuition de la beauté indissociable de la vie et de l’humain : « Si on trouve une œuvre belle, c’est parce que derrière, on sent qu’il y a l’être humain, la vie dedans, la respiration. L’art, c’est humain. »

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Notes :

*Cet article, consacré au symbolisme de l’eau, s’inspire d’une conférence donnée en août 2016 lors des Rencontres d’Aubrac dédiées aux « Imaginaires de l’eau ».

[1] Voir aussi Yuan Hongdao (1568-1610) : théorie et pratique littéraires. Vallette-Hémery Martine, Paris : Collège de France, Institut des hautes études chinoises, 1982, p. 249.

[2] Voir Gao Xingjian, De la création, Paris : Seuil, 2013, p. 227.

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>>> La revue Ultreïa! sera en kiosque et en librairie dès le 6 juillet. Découvrez le sommaire en cliquant sur la photo de couverture ci-dessous…

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