« De l’âme » : quand François Cheng fait rimer « âme » avec… « aum » et « femme » (Albin Michel, 2016)


Quand l‘âme est presque frappée d’omerta par nos contemporains, François Cheng la réhabilite dans un ouvrage épistolaire adressé à une mystérieuse belle femme… De l’âme, tout récemment paru aux éditions Albin Michel, sonne comme le titre d’un traité philosophique antique… L’académicien nous convie une fois encore à un voyage intérieur, une méditation sur l’esprit et l’âme, convoque la beauté, l’amour… Vous y croiserez pêle-mêle Platon,  Maïmonide, Le Clézio, Rimbaud, le sourire de la Joconde… Une « bouffée d’air frais »!

C’est sur les sollicitations épistolaires d’une femme, que François Cheng se penche sur la question de l’âme. Cette femme – plus jeune que lui et « étonnamment belle » – rencontrée dans le métro un après-midi printanier de sa jeunesse, resurgit dans sa vie…  Elle a vécu ; elle a souffert, est devenue artiste, depuis. A l’époque, naquit une amitié… peut-être plus ? Là n’est pas le propos. Quoique l’Amour est au cœur de tout, lorsqu’il se manifeste au plus profond de notre être sous la forme de ce que F. Cheng nomme le « Désir initial par lequel l’univers est advenu » (p.20). De leur âme, ils ne s’en préoccupaient alors ni l’un ni l’autre, sans doute plus accaparés par leur esprit, soucieux « d’accumuler consciemment les expériences en vue d’un savoir » (p. 40). Cependant, l’émoi profond que l’auteur a ressenti face à la beauté de la jeune femme lors de leur première rencontre se réactive quand celle-ci lui écrit trente ans après. Or la beauté« miracle de la nature » ou « don divin » ? – n’ouvre-t-elle pas sur l’aspiration de l’âme à une « beauté infiniment plus grande » ?   Tout comme l’amour ressenti pour cette femme n’ouvrirait-il pas sur un amour plus grand, le menant sur le chemin de son âme, la part féminine de son être, où siège l’« intelligence du cœur » (p. 83) ?

Le lecteur apprend au fil du récit épistolaire – dont F. Cheng ne livre que ses propres réponses – que la femme ayant découvert son âme « sur le tard » questionne l’auteur à ce sujet : « acceptez-vous de me parler de l’âme ? » Sept réponses composent les sept chapitres du livre autour de cette « marque indélébile de l’unicité de chaque personne humaine » (p.42). Serait-ce en écho aux sept jours bibliques de la genèse du monde, à l’issue desquels le divin constate que tout ce qu’il a formé est très « bien« , très « bon » (tov mehod), conforme au plan divin initial de vie ? Car curieusement, point d’orgue du livre, la septième missive achève cette longue réflexion de François Cheng sur ses retrouvailles avec sa propre âme… vibrant au son de l' »amen » final, complète adhésion.

De bout en bout, un même Souffle de vie parcourt cette œuvre, qu’il s’appelle Qi chinois, Aum indien, Ruah hébraïque, Rûh arabe, pneuma grec  telle une nouvelle « bouffée d’air frais » de François Cheng !

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>>> Si vous souhaitez écouter l’intervention de François Cheng lors de l’émission La Grande Librairie de François Busnel, cliquez sur l’image :

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 >>> On en parle…

« L’âme n’est pas ce que vous croyez » (Roger-Pol DROIT, Le Monde, 11 novembre 2016)

« François Cheng : « Notre vraie vie, c’est l’itinéraire de notre âme » » (Pierre Assouline, La République des livres, 14 mars 2017)

La voix de l’infini : calligraphie de François Cheng (DR, République des Livres, Pierre Assouline)

 

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