Contribution à une sociologie historique du mandarinat (Jean-François Billeter)


« Contribution à une sociologie historique du mandarinat » est un article de Jean-François Billeter (1977) disponible en ligne sur le site Persée

Résumé

Dans deux ouvrages parus à la fin de la dynastie des Ming, le Livre à brûler (1590) et le Livre à cacher (1599), le philosophe chinois Li Zhi critique sans concessions le système mandarinal et notamment le système des examens, principal instrument de la reproduction de la classe mandarinale. Issu d’un milieu de marchands dont les mœurs sont éloignées de l’éthique traditionaliste du mandarinat, Li Zhi est prédisposé à dénoncer l’arbitraire du mode de sélection des fonctionnaires, à démystifier le rituel selon lequel il opère et à exprimer dans le récit autobiographique de son rapport malheureux à la carrière mandarinale, le sort de toute une catégorie sociale, celle des petits mandarins. L’analyse sociologique de cette œuvre philosophique permet de saisir les tensions et les contradictions qui ont déchiré la classe mandarinale dans une conjoncture historique singulière. L’extraordinaire durée de la société mandarinale dont on a souvent trouvé les raisons dans un prétendu «monolithisme» de la société chinoise, repose en fait sur la complexité politique des rapports entre l’État et la classe mandarinale ; aux différents moments de son histoire, celle-ci a élaboré, dans le cadre général du confucianisme et du néo-confucianisme, une pensée philosophique dans laquelle varient les emprunts faits aux « Anciens » selon la perception qu’ont les mandarins de la position économique, politique et sociale de leur classe. Sous la dynastie des Song (960-1279), lorsque le mandarinat apparaît dans toute son originalité, la propriété foncière formant la base économique principale de sa puissance, l’État assure les conditions de la reproduction sociale de la domination en évitant que les intérêts particuliers ne menacent l’ensemble de la classe. Accordant la primauté au capital symbolique – le savoir et les qualités morales qui lui sont attachées -, la classe mandarinale justifie sa domination en développant la conception d’un savoir systématique englobant tous les domaines de la réalité et imposant une théorie générale de la « nature humaine » qui contribue à rendre inconcevable la division en classes. A cette période durant laquelle le mandarinat s’affirme comme le sujet nouveau de l’histoire, succède, à partir de la fin du 11e siècle, un divorce accentué entre les idées et les faits, le développement économique diversifié s’opposant à ses intérêts. Sous les Ming, le néo-confucianisme étant devenu l’instrument de domination symbolique du pouvoir impérial, un confucianisme privé apparaît, privilégiant l’ascèse personnelle et la recherche de la sagesse pour elle-même, dont la forme achevée peut être trouvée dans la doctrine de Wang Yang-ming qui introduit la rupture entre autorité extérieure et conscience individuelle.

>>> Pour accéder à l’article :

 

actes-recherche-sciences-sociales

 

>>> Pour citer ce document :

Billeter, Jean-François. Contribution à une sociologie historique du mandarinat. In: Actes de la recherche en sciences sociales.
Vol. 15, juin 1977. Sociologie historique du mandarinat. pp. 3-29;
doi : 10.3406/arss.1977.2559
http://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1977_num_15_1_2559

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