Le bonheur dans la joie du « oui », joie d’adhésion à la vie (suite et fin 5)


Cette méditation sur la vie, présentée dans les articles précédents, prend fin… A vous, cher lecteur, de lui donner une suite…  sans fin ! LaHaSoTh !

 

[Accéder à l’article précédent] * […] Dans l’expérience bouddhique propre au Chan (connu au Japon sous le nom Zen) sont évoqués des états au-delà du descriptible, au-delà de la parole, « Il n’y a pas », pour la compréhension humaine : « L’esprit est alors dans le plan des choses et s’affranchit des contingences, mais cela ne signifie pas que les conditionnements, eux, sont altérés : un espace limité reste limité, ce qui change, c’est le rapport entre le conditionné et le non conditionné.» La distinction entre ces deux postures du oui et du non semble se situer alors sur un plan différent. D’une part le oui de Ricoeur et de l’hébraïsme signe à la fois l’intention et l’action libre de l’acteur d’accepter ou de refuser l’influence de l’intelligence universelle, la volonté d’une alliance libre, dans le contexte de la parole qui distingue le oui et le non, un oui se positionnant au sein du monde des phénomènes, le monde kabbaliste de l’ASiaH , l’action ; tandis que le non des bouddhistes Chan exprime l’absence de toute intervention – en chinois wuwei 無爲 –, d’action dans le monde, signe du détachement du monde des phénomènes, de la non-dualité, dont la joie serait cependant dans les deux cas l’issue suprême.

Il nous apparaît qu’il y a une contradiction dans l’attitude de l’homme face à ces réalités. Le bouddhisme adopte le versant de la négation de toute réalité, de l’impermanence, pendant que la Kabbale tend vers la réalisation d’une volonté originelle qui se veut téléologique – le LaHaSoTh –, pour que cela se poursuive. Une position qui entre en résonance directe avec le Tao (Dao ), doctrine chinoise des origines, dont l’efficience (De ) tend à la pénétration dans les plus grandes densités, avec une réponse du sage semblable, dans les deux cas, Kabbale et Tao : une non-intervention coercitive (= « non-agir », wuwei 無爲).

[…] Celui qui agit selon la Voie (Dao) diminue chaque jour.

Diminuant et diminuant encore,

Il en arrive à ne plus agir.

Il n’agit pas et il n’est rien qui ne se fasse.[…][1]

Diminuer son ego, afin de ne pas faire écran. Point d’oisiveté, mais pas d’action qui puisse contrarier le cours naturel des forces, être le canal, se remplir pour se déverser et se remplir de nouveau, tel le vase à bascule du Daodejing.

Zhuangzi (Tchouang-tseu),  posant directement la question de la joie suprême – « Y a-t-il dans le monde une joie suprême qui puisse faire vivre la personne ? »[2] –, répond sans détour : « Dans le non-agir selon moi réside la vraie joie. »[3] Telle l’efficience du ciel et de la terre en harmonie par laquelle toute choses se transforment et se produisent, le non-agir consiste pour l’homme à être réceptif à cette efficience, à s’en faire le canal, sans interposer ses conceptions et ses désirs. C’est se mettre en accord avec les rythmes cosmiques, la vraie voie. Telle est aussi celle du LaHaSoTh – le « laisser se poursuivre », laisser se faire tout seul de la Kabbale – conformément au plan originel d’harmonisation, édénique, dont l’homme est l’agent d’un point de vue hébraïque, afin que la perspective téléologique d’accomplissement de ce monde se réalise. Une perspective énoncée en termes symboliques dans le Livre de la Voie et de l’Efficience (Daodejing 道德经 ) à travers la métaphore du vase-monde : « Le grand vase ne s’accomplit pas avant un long temps »[4] et de conclure le chapitre par « il n’y a que le Dao pour exceller à conférer et à parfaire ». Pour la Chine antique et pour l’hébraïsme il n’y a qu’une grande joie : participer à la grande Voie (Dao ) et à la grande Efficience cosmique (De ).

 

*L’article complet est paru dans la revue « Peut-être » n°6 (janvier 2015), revue poétique et philosophique annuelle, que vous pouvez acheter chez votre libraire  (Paris, région parisienne) ou directement à l’Association des Amis de l’Œuvre de Claude Vigée. Le prochain numéro de la revue (n°7) paraîtra en janvier 2016 !

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Notes :

[1] Voir Rémy Mathieu, Daodejing II, chap. 48, p. 163, in Le Daodejing « Classique de la voie et de son efficience ». Paris : Entrelacs, 2008.

[2] Œuvres complètes de Tchouang tseu, in Philosophes taoïstes. Paris : Gallimard Bibliothèque de La Pléiade, tome 1 : Lao-Tseu, Tchouang-Tseu, Lie-Tseu, 1980, chap. 18 intitulé « Joie suprême », p. 214.

[3] Ibid., p. 215.

[4] Voir Rémy Mathieu, op. cit., Daodejing II, chap.41, p. 155.

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