« Petit Piment », le piment congolais d’Alain Mabanckou


Dans son roman, publié en août 2015 au Seuil dans la collection Fiction & Cie, Alain Mabanckou rend hommage « à ces errants de la Côte sauvage » qu’il a rencontrés lors de son séjour à Pointe Noire. »Petit Piment » est de ceux-là, « qui tenait à être un personnage de fiction parce qu’il en avait assez d’en être un dans la vie réelle »…

"Petit Piment" d'Alain Mabanckou (Seuil, 2015)

Envoyé dans un orphelinat catholique à Loango, le futur « Petit Piment » y passera plusieurs années, d’abord sous le regard bienveillant d’un prêtre, Papa Moupelo. C’est ce dernier qui lui attribue un nom à rallonge « car le destin d’un être humain était caché dans son nom » : Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko… Autrement dit « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres »… Personnage haut en couleurs, perché sur ses « chaussures à étages », Papa Moupelo arrive chaque week-end à l’orphelinat au volant de sa 4L pour évangéliser les pensionnaires, 4L qu’il prend soin de garer, après de multiples manœuvres, pour que « la tête de la voiture regarde vers la sortie ».

Incorruptible dans sa morale – mais combien humain et palpitant sous la plume d’Alain Mabanckou – quand on l’imagine s’animer soudain jusqu’à la transe en se déhanchant dans la danse des Pygmées du Zaïre, sous les rires des jeunes pensionnaires. Intermèdes burlesques dans un orphelinat où la vie est loin d’être une sinécure, sous la direction corrompue et autoritaire de Dieudonné Ngoulmoumako…

Quand vient le jour où Papa Moupelo disparaît… La révolution socialiste arrive, et avec elle les « discours si apprêtés et boursoufflés » qu’ils provoquent des céphalées à certains des pensionnaires.  Quel contraste avec le vocabulaire précieux « tiré des livres écrits par les missionnaires européens » que restituait en lingala Papa Moupelo…

L’aventure du jeune « Moïse » commence alors, qui lui fera goûter au bonheur dans la maison close de Maman Fiat 500 et ses dix filles, où il rend toutes sortes de services. Puis la page se tourne, le bonheur avec, à cause du « maire véreux » de Pointe Noire, François Makelé, et de la campagne « Pointe-Noire sans putes zaïroises ». « Petit Piment » en perd la tête, sans perdre de vue cependant sa vengeance…

En route pour le Prix Goncourt ! Bonne chance à Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko alias « Petit Piment » !

Alain Mabanckou est l’auteur d’une dizaine de romans dont Verre Cassé (2005) et Mémoires de Porc-épic ( prix Renaudot 2006 ). Son œuvre est traduite dans une vingtaine de langues. Il enseigne la littérature francophone à l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA). Il a été également finaliste du Man Booker Prize International 2015.

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>>> Alain Mabanckou et Petit Piment sur France Info (septembre 2015)

Alain Mabanckou et "Petit Piment" sur France Info (septembre 2015)

 

>>> Retrouvez Alain Mabanckou dans sa conférence intitulée : « Lettre à Jimmy, hommage à James Baldwin auteur de La prochaine fois le feu » (20es rencontres d’Aubrac 2015, les « Imaginaires du feu »),

Alain Mabanckou (Rencontres d'Aubrac 2015)

Alain Mabanckou (Rencontres d’Aubrac 2015)

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