Une leçon pour les temps modernes : « Le Maître » de Patrick Rambaud…


Patrick Rambaud (Académie Goncourt) signe Le Maître, paru aux éditions Grasset (2015), prétexte pour l’ « écrivain précaire » – comme il se décrit – de revenir sur celui qu’il considère comme l’un de ses maîtres, le sage chinois Zhuangzi (Tchouang-tseu)

« C’était il y a vingt-cinq siècles au pays de Song, entre le Fleuve Jaune et la rivière Houaï : Tchouang naquit les yeux ouverts et sans un cri. Il était froissé, édenté, chauve, puisque les nouveaux-nés ressemblent aux vieillards : les hommes entrent en scène aussi démunis qu’ils en sortent. »

Tchouang-tseu ou Zhuangzi  a le vent en poupe depuis quelque temps en France, ce maître chinois des Royaumes combattants dont la pensée excentrique excite la réflexion, tandis qu’elle suscite en Chine la réserve à cause de son individualisme. Serait-ce comme un besoin de puiser dans l’ancien et l’exotique pour redynamiser les méninges parfois engoncées dans un « prêt-à-penser »?  Patrick Rambaud, auteur de plusieurs romans dont un doublement récompensé par l’Académie française et par l’Académie Goncourt, est de ceux qui l’éprouvent. « En travaillant sur lui, – disait-il dans un entretien accordé à France infoje me suis aperçu que ce type était complètement moderne ».

Zhuangzi est le premier maître chinois à l’origine d’un courant de pensée des Royaumes combattants – qu’on appellera plus tard le « taoïsme » – à avoir signé lui-même son texte. Il est l’authentique auteur des sept premiers chapitres de son ouvrage éponyme le Zhuangzi, probablement complété par ses disciples pour les chapitres suivants.  Patrick Rambaud y puise son inspiration : « J’ai inventé à partir de ce qu’il raconte ». Les Royaumes combattants sont une « période bizarre, d’incertitude totale », remarque le romancier. En effet, on vit une période marquée autant par le tranchant des armes que par le foisonnement de la pensée. De nombreux penseurs cogitent en ce temps de guerres incessantes pour recouvrer l’état de paix, errant de royaume en royaume dans l’espoir de gagner l’écoute et la confiance de quelque roi qu’ils pourraient conseiller en matière de gouvernement. De là naissent les « Cent écoles », ainsi nommées pour exprimer la multitude des doctrines qui fleurissent. Mao Zedong s’y référera plusieurs siècles plus tard quand il lancera la campagne des « Cent fleurs » en mai 1956 avec le slogan « Que cent fleurs s’épanouissent et que cent écoles rivalisent ! » afin de relancer les critiques au sujet du Parti communiste. Le succès sera tel – la parole se libère – qu’il s’empressera de l’étouffer bien vite dans une répression extrêmement violente.

Patrick Rambaud

Patrick Rambaud

« […] toutes les doctrines ne sont que bavardages » pour le Maître… Indépendant de tous ces « bavardages » et de tous les pouvoirs, il expose une vision extrêmement moderne : « c’est le premier des écolos »  affirme Patrick Rambaud. Ce dernier, reprenant quelques morceaux choisis du Zhuangzi,  nous dresse un portrait bien vivant et intime de celui dont il affirme : « Maintenant, c’est un ami, parce que j’ai inventé sa vie en quelque sorte ». « C’est un maître, un vieux copain comme mon professeur de philosophie au lycée Condorcet »

Bonne lecture !

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