« Tu dis pour naître »… colloque autour de l’œuvre de Claude Vigée les 5 et 6 juin 2015


« Tu dis pour naître » : Rencontres internationales autour de Claude Vigée, vendredi 5 et samedi 6 juin 2015 (université Paris 3 Sorbonne nouvelle, 13 rue de Santeuil, 75005 Paris), organisées par Anne Mounic, maître de conférences en littérature anglaise (Paris 3) et présidente de l’Association des amis de l’œuvre de Claude Vigée

 

Claude Vigée

Tu dis pour naître

Tu n’écris plus

Pour être lu

Par des poètes.

 

Tu dis pour être

Au cœur de l’homme,

Simplement.

 

Ton chant est comme

Une fenêtre

Ouverte au vent :

 

Orage à mille têtes ! (Claude Vigée, L’arbre de vie, L’homme naît grâce au cri. Paris : Points Seuil, 2013, p. 91)

L’œuvre de Claude Vigée étant ouverte, diverse et vivante de part en part, elle appelle une lecture et un intérêt de même qualité. C’est pourquoi, à la suite du Grand Prix national de la Poésie dont elle fut couronnée en décembre 2013, nous appelons à une écoute personnelle de ses différentes facettes ‒ poème, pensée poétique, philosophique et critique, écriture de soi, fidélité à l’Alsace et au judaïsme, inspiration et commentaire biblique, réflexion sur l’histoire, la civilisation occidentale et la Shoah, expression de la vie, de l’intériorité et de la joie, présence et générosité. Nous invitons les lecteurs assidus des différents aspects de cette œuvre « à mille têtes » à partager leur expérience lors de ces rencontres auxquels nous souhaitons donner un caractère original, au-delà de l’habituel colloque universitaire, sans renoncer toutefois à la rigueur d’une approche qui s’avouera franchement intersubjective :

Comment avons-nous rencontré l’œuvre de Claude Vigée ?

Quelle œuvre nous aura particulièrement marqués ? Pour quelles raisons profondes, dignes d’éclairer l’œuvre elle-même ?

Nous voudrions que, de l’expression de l’engagement personnel de chacun, se fasse jour l’intérêt vital de l’apport de Claude Vigée à la pensée contemporaine. Nous maintiendrons ainsi « ouverte au vent » cette « fenêtre » qui n’a de cesse de naître « au cœur de l’homme ». (Anne Mounic)

Programme des journées des 5 et 6 juin 2015

Lieu : Paris 3 Censier, 13 rue de Santeuil, salle Raymond Las Vergnas, 3e étage (ascenseur).

Vendredi 5 juin 2015

13 h ‒ Ouverture du colloque.

13.15 – 13.45 ‒ Betty Rojtman : Les artistes de la faim : un jugement sans appel ?

13.55 – 14.25 ‒ Muriel Baryosher-Chemouny : Exil et réconciliation : autour de la notion de réparation.

14.35 – 15.05 ‒ Margaret Teboul : Claude Vigée et Gabriel Marcel : deux lectures de Rilke.

15.15 ‒ pause.

15.30 – 16 h ‒ Beryl Cathelineau-Villatte ‒ Claude Vigée : De la danse vers l’abîme à la libellule des neiges.

16.15 – 16.45 ‒ Jean-François Chiantaretto : Rencontrer Claude Vigée, questionner l’écriture de soi.

16.55 – 17.25 ‒ Blandine Chapuis : De la « lucarne aux étoiles » à la « lucarne de l’Arche » : accueil et engendrement de la lumière dans l’œuvre de Claude Vigée.

17.35 – 17.50 ‒ Hélène Péras : La poésie, parole de confiance.

17.55 ‒ Alfred Dott : Sur les traces de Claude Vigée à Bischwiller.

18 h ‒ Rencontres autour d’un verre, en présence de Claude Vigée (sous réserve).

Samedi 6 juin 2015

13 h – 13.30 ‒ Michèle Finck : Le « mur » et le « murmure » : Rencontre d’Adrien Finck et Michèle Finck avec Claude Vigée.

13.40 – 14.10 ‒ Pénélope Galey-Sacks : Claude Vigée et la traversée de l’image: pensée et esthétique du cri.

14.20 – 14.50 ‒ Martine Blanché : Fidélités poétiques à l’Alsace dans l’œuvre tardive de Claude Vigée.

15 h ‒ pause.

15.15 – 15.45 ‒ Georges Gachnochi : Vivre, se séparer, se souvenir …vivre encore, faire vivre les absents : de quelques émotions autour d’œuvres de Claude Vigée.

15:55 – 16.25 ‒ Oleg Poliakow : « Tu dis pour naître », une difficile identité.

16.35 – 17.05 ‒ Anne Mounic : Claude Vigée et le « mystère de l’instant futur » : Une pensée poétique de l’émerveillement et de l’épreuve.

17.15 ‒ clôture du colloque.

Résumé des interventions

Betty Rojtman ‒ Les artistes de la faim : un jugement sans appel ?

Dans un magnifique essai datant de 1960, Claude Vigée dresse un tableau panoramique de la sensibilité moderne, telle qu’elle se profile derrière le Symbolisme européen. Dans une langue admirable, à la fois précise et inspirée, l’écrivain entreprend le procès de notre civilisation contemporaine, marquée par un divorce essentiel avec l’univers concret. Héritée de la grande tradition augustinienne et janséniste, cette « déchirure millénaire entre l’esprit et le monde » se perpétue, sous une forme désacralisée, au-delà du christianisme historique, dont elle maintient cependant le geste dénégateur. Ainsi, les chants désolés du « romantisme » actuel ne sont pas seulement l’écho d’une condition existentielle absurde, mais le résultat d’une dévaluation, d’une morale de rejet par rapport au monde et à autrui. Replié sur un ego avare et distant, le poète moderne finit par tomber dans une sorte d’autisme, de déréliction séculière, en rupture avec tout ce qui fait la vie et le bonheur de l’immédiat.

En même temps qu’il décrit, de manière incisive, l’enchaînement des raisons qui poussèrent l’Occident dans la voie stérilisante d’une transcendance inversée, le poète propose des recours. Il plaide pour une désaliénation d’ordre éthique, pour « une expérience de l’être-dans-le-monde » (p. 102) qui surmonterait les tentations du narcissisme négateur. Ce grand amant de la vie et des êtres qu’est Vigée ne pouvait que fustiger un quant-à-soi philosophique fait d’orgueil et de dévastation. Tout son texte vise à réhabiliter l’immanence, le rapport salutaire à l’autre, l’enchantement des formes et des matières.

Plus de cinquante ans plus tard, cet essai demeure étonnant par sa pénétration et le vaste champ culturel qu’il balaie. En notre génération nouvelle, marquée au sceau de Heidegger, de la déconstruction et du neutre, les questions qu’il soulève n’ont fait que s’aggraver. A nous de prendre le relais, d’approfondir par notre réflexion ce moment énigmatique et trouble où l’assomption du malheur d’être tourne à la complaisance, où l’homme moderne préfère se jeter au Néant, dans une jouissance redoublée.

Muriel Chemouny ‒ Exil et réconciliation : autour de la notion de réparation

L’existence humaine est marquée collectivement par une succession d’exils, dont la Bible notamment se fait le transmetteur, à travers les récits des tribulations du peuple d’Israël qu’elle relate. Dès les origines l’Adam est expulsé du jardin en Eden baigné de félicité, puis suivent les différentes tribulations des patriarches, celles du peuple d’Israël, les épreuves, sur fond d’exil, des âmes humaines qui se corrompent à de multiples reprises dans l’adoration d’idoles proscrites, dans diverses trahisons, etc. Les exemples  ne cessent de se multiplier de nos jours encore, répétant depuis des siècles ce que les prédécesseurs ont aussi vécu, portant à croire que l’exil serait inhérent à l’homme.

Et puis, individuellement, l’exil est dès le premier cri, l’expulsion brutale hors du lieu de gestation aquatique où tout est donné, offert, vers un milieu aérien et un lieu nouveaux, nouvel exil. Et puis tout au long de la vie, à chaque épreuve… Sauf que, selon Claude Vigée, « Privé de la conscience née de la présence secrète de l’Aleph en chacun de nous, le monde matériel est pur exil pour l’homme ; dès que cette conscience s’éveille en nous, le temps promis de la rédemption et du retour peut commencer enfin sur terre » (Claude Vigée, Dans le silence de l’aleph. Paris, Albin Michel, 1992, p. 31). C’est ce que suggère François Cheng lorsqu’il définit le vrai voyage comme « […] la transmutation d’un voyage qu’on a déjà fait en soi, un soi qui cherche à se transcender en vue d’un dépassement, d’une réconciliation » (François Cheng, L’un vers l’autre : en voyage avec Victor Segalen. Paris, Albin Michel, 2008, p. 41). C’est autour de la question de l’exil de l’âme que se nouera l’exposé, et de l’idée de réconciliation qui va de pair avec celle de réparation Tiqoun, un voyage vers les retrouvailles, avec soi et avec l’autre, en vue de retrouvailles collectives téléologiques.

Margaret Teboul ‒ Claude Vigée et Gabriel Marcel : deux lectures de Rilke.

Les philosophes se sont intéressés au poète Rilke : Arendt, Heidegger, Ricœur.  Dans cette communication, nous voudrions confronter les lectures proposées par Claude Vigée et Gabriel Marcel, un des philosophes aux origines du courant existentiel, avec son Journal métaphysique.  Dans «  Rainer Maria Rilke : maturation et destin » daté de 1978, Vigée propose une interprétation synthétique. Il repère dans l’œuvre de Rilke une expérience qu’il résume en ces termes. « Le but de sa quête fut plutôt de surmonter les souffrances indicibles subies par une conscience pure, privée du sens de la réalité à l’égard d’elle même autant qu’à celui du monde spatial. Cette conscience démunie d’être se sentait sans cesse repoussée vers une matrice originelle faite d’absence à soi, de vide, de non être, hors de laquelle il s’agissait de surgir, mais à laquelle il fallait d’abord céder et survivre. »[i] Vigée insiste sur le mouvement qui emporte le poète :  « De l’émergence hors du vide primordial et agonique de la conscience esseulée vers un état d’extase structuré par un riche tissu de sensations ».

Dans la suite de l’analyse, il insiste sur la fonction de la nostalgie ‒ quête de l’enfance et du paradis perdu. Il mentionne la présence de la mort dans cette poésie ontologique. Curieusement cette approche s’applique assez bien aux recherches de Marcel lui-même dans sa phase de maturité. Ce dernier lit Rilke pendant la guerre en 1943. Et y trouve de quoi alimenter sa propre méditation. Lui aussi cherche l’expérience du poète. Il en fait un « témoin du spirituel ». En ce sens, il peut rejoindre Vigée dans une lecture plus étayée. Comment dégager entre Marcel et Vigée quelques affinités à partir de ces lectures de Rilke ?

Beryl Cathelineau-Villatte ‒ Claude Vigée : De la danse vers l’abîme à la libellule des neiges.

Une rencontre avec Claude Vigée relève à la fois de l’exception et de l’évidence. Les événements de la vie, tout comme l’aquarelle, ne souffrant ni retour, ni retouches, ni repentir, lorsque les obstacles, « le pâtir quotidien », font le « moi chancelant », alors Claude nous emmène dans des lieux de méditation et de vagabondage poétique et pensant, dans des espaces définis, mais que les multiples métamorphoses rendent infinis. Espaces liant le singulier à l’universel, jalons d’accès à une plénitude spirituelle. Détournés du « chaos qui nous guette au détour du chemin », l’élan de l’âme peut retrouver sa source dans la pourpre du cœur.

Jean-François Chiantaretto ‒ Rencontrer Claude Vigée, questionner l’écriture de soi.
Le propos consiste à interroger le statut singulier de l’écriture de soi chez Claude à la lumière du judaïsme, qui m’a permis de mieux préciser mon approche psychanalytique de l’écriture de soi comme auto-présentation, en introduisant un questionnement sur la dérive idolâtre possiblement sécrétée par ladite auto-présentation.

Blandine Chapuis ‒ De la « lucarne aux étoiles » à la « lucarne de l’Arche » : accueil et engendrement de la lumière dans l’œuvre de Claude Vigée.

L’un des thèmes qui m’est le plus cher dans l’œuvre de Claude Vigée, pour des raisons en partie toutes personnelles, est celui de la dualité entre ténèbres et lumière, et je souhaiterais placer la réflexion  sous l’égide d’un court récit hassidique commentant un verset de la Genèse VI, 16 : ‘Tsohar taaséh la Tévah’ : ‘Tu feras une fenêtre à l’Arche’.  Claude Vigée évoque lui-même, en prélude à son ouvrage Dans le silence de l’Aleph, cette interprétation livrée par Rabbi Na’hman de Braslav, pour en faire à son tour les fondements d’une poétique reposant sur  la distinction entre deux types de parole : celle qui , telle une fenêtre, laisse filtrer la lumière extérieure à travers elle, et celle qui est « pierre précieuse » trouvant son éclat en elle même. Dans l’œuvre de Claude Vigée, fenêtre grande ouverte sur le monde extérieur, avec ses joies et ses douleurs, et cristal irradiant d’un rayonnement intime trouvent tous deux leur place, même si le second s’affirme avec une force croissante au fil des années. L’écriture de Claude Vigée se caractérise pour moi par une affinité profonde et sans cesse renouvelée entre parole et silence, lumière et ténèbres, et  l’aboutissement progressif de sa poétique vise à aller puiser au fond des ténèbres (de la vie, de l’histoire…) une parole qui porterait en elle sa propre source de lumière. Une parole salutaire qui sollicite sans fin l’accord sensible du lecteur pour le rendre « complice de cette invincible reconnaissance de la racine éclairante plantée en tout homme qui y consent » (in Dans le silence de l’Aleph, p.19).

Hélène Péras – La poésie, parole de confiance.

« … la poésie se veut parole de confiance, mais non de consolation, au contraire : annonce d’un salut possible, travail de guérison en faveur des vivants… »

«  la poésie… ce geste oblatif pour ceux qui sont si loin en nous… »

J’évoquerai ma rencontre avec Claude Vigée, la naissance d’une amitié autour de « L’enfant qui porte le monde ».

Alfred Dott ‒ Sur les traces de Claude Vigée à Bischwiller.

Une évocation de l’enfance du poète au travers d’images de lui-même et de photographies d’aujourd’hui qui illustrent Un panier de houblon, en un circuit qui nous mène depuis sa maison natale jusqu’à la maison de Léopold jalonné par différents repères marqués par les textes de l’auteur.

Michèle Finck ‒ Le « mur » et le « murmure » : Rencontre d’Adrien Finck et Michèle Finck avec Claude Vigée.

Lorsqu’en décembre 2013 Claude Vigée m’a dicté au téléphone un distique qu’il venait d’écrire, en me disant que ce distique m’était destiné tout particulièrement à moi, savait-il que ces vers pouvaient condenser l’essence même de ce qu’il nous avait offert, à mon père et à moi, dès les premières rencontres datées de 1975 ? Voici ce distique :

« Ne jette jamais un mur

Sur la source et sur son murmure » (publié dans Peut-être, 2013) .

Les vocables majeurs de ce distique (« source », « mur », « murmure ») condensent la leçon de vie et de poésie indissociable, pour mon père et pour moi, de notre rencontre avec Claude Vigée.

« Source », car Claude Vigée nous est apparu fondamentalement tout de suite comme un être en qui coule une « source » toujours vive et jaillissante. Par là même, il nous a enseigné à être nous-mêmes « source ».

« Mur », car Claude Vigée est celui qui nous a aussi appris à lutter contre les « murs » de toute sorte qui empêchent la « source » intérieure de couler. Pour mon père et pour moi, certes, les « murs » à dépasser ou à abattre n’étaient pas les mêmes : « murs »  davantage historiques et linguistiques pour mon père ; « murs » plus liés à des angoisses existentielles pour moi.

« Murmure », enfin, car Claude Vigée est celui qui nous a appris à laisser toujours l’initiative au « murmure » de la « source » en nous, c’est-à-dire à la poésie.

C’est ainsi qu’autour de la clé de voûte centrale et mentale qu’est le mot vigéen « source », notre rencontre avec Claude Vigée durant toutes ces années peut être placée sous le signe d’une dialectique du « mur » et du « murmure » qui, au-delà de mon père et de moi, est sans doute partageable avec tous.

Mon article développera brièvement ce petit texte qui en pose les bases.

Pénélope Galey-Sacks ‒ Claude Vigée et la traversée de l’image: pensée et esthétique du cri.

L’Écriture de Soi et l’Imaginaire de Claude Vigée nous font parcourir une vie en poésie où le voyage à rebours nous amène vers une naissance qui est, somme toute, une renaissance se reproduisant sans cesse dans le corps de l’image. Au fil d’une pensée et d’une esthétique unies, l’Imaginaire du poète nous dévoile la vérité de l’être, le sien, celle qui ne s’oubliera pas. Ces moments de rencontre avec Claude Vigée à travers un dialogue avec sa poésie nous amèneront à l’intégrité de l’homme, celui qui a toujours vécu en poète.

Martine Blanché ‒ Fidélités poétiques à l’Alsace dans l’œuvre tardive de Claude Vigée.

(A partir de poèmes choisis ‒ pages 188 à 287 ‒ dans L’homme naît grâce au cri  (Points 2013), édition établie par Anne Mounic). Chapitres concernés : « Pâque de la Parole » jusqu’à « Les Sentiers de velours sous les pas de la nuit ».

L’Alsace occupe une place de choix dans l’œuvre poétique de Claude Vigée. Elle est terre des aïeux, terre de douleur et de solitude. Mais l’enfant de Bischwiller fait oublier la peur au poète vieillissant. Car en elle naît aussi le chant, en elle sera à nouveau uni le couple aimant.

Cette terre laborieuse est également un passage obligé pour le jardinier de l’avenir, qui souhaite répondre à l’appel de la terre infinie.

« Jusqu’à sans fin nous resterons, vieux jardiniers de l’avenir,

Fidèles à la rose blanche qui empourpre nos nuits » (février 2004), page 250.

L’Alsace reste ainsi pour le poète une terre de fidélité, jusque dans « Le dernier espoir », page 252, « jusqu’au terme du long voyage de la vie », page 282.

Georges Gachnochi ‒ Vivre, se séparer, se souvenir… vivre encore, faire vivre les absents : de quelques émotions autour d’œuvres de Claude Vigée.

L’écriture fait vivre, fait renaître les absents :  « J’ai vie » donne aussi vie aux disparus, les fait réapparaître.  C’est ce que nous disent  les Chants de l’absence, comme c’était ce que nous chantaient d’autres poèmes de Claude Vigée, ce que nous murmuraient ses œuvres en prose, comme c’était aussi déjà le sens de l’œuvre de Proust.

Oleg Poliakow ‒ « Tu dis pour naître », une difficile identité.

A l’instant de l’écriture, le poète écrit et parle (« le “je parle” est sous-entendu dans tout “je fais” et même dans le “je pense” et “je suis” »[ii])  il écrit et parle ‒ il dit ‒  mais pas « pour être lu / par des poètes ».  Il dit « pour être / au cœur de l’homme ». Il dit pour se faire le porte-parole de ce cœur qui dès lors chante en lui. C’est le cœur de l’homme qui chante en lui. Pour nous.

Verset 8 du psaume 27 : « En Ton Nom mon cœur dit : “Recherchez Ma face !” C’est Ta Face que je cherche Éternel ».  Est-ce l’Éternel ou le cœur du psalmiste qui parle et dit : “Recherchez Ma face !” ? Le cœur du psalmiste se met à parler comme s’il cédait à ce retour sur soi qu’est l’introspection, mais ici point d’introspection ! Le cœur est à ce point ouvert à l’Éternel qu’il ne peut que Le laisser « être » tel parfois un « orage à mille têtes ».

C’est ce thème d’une difficile identité qu’abordera ma communication.

Anne Mounic ‒ Claude Vigée et le  « mystère de l’instant futur » : Une pensée poétique de l’émerveillement et de l’épreuve.

La pensée se transmet par l’œuvre, mais celle-ci connaît dans sa réception une temporalité qui n’est plus celle de sa conception. Le lecteur reçoit un accompli qui va poursuivre en lui son inachèvement selon des voies différentes de celles de son auteur. On se trouve alors en présence de cette intersubjectivité heureuse qui caractérise l’esprit du récit et, mieux encore, son utopie. L’essence même de la poétique est en effet de construire ce « lieu de nulle part » que nomme Claude Vigée. Les Cabalistes en font des Palais, fruits de la lumière que se donne l’esprit par la parole. Ce lieu de la conscience et de la liberté est paradoxal, car éminemment singulier mais aussi partagé par tous. Le poète s’en fait le spécialiste, le pionnier et le plus fidèle explorateur. Ses lecteurs pénètrent son monde en y apportant leurs propres images. Nous pourrions parler de malentendu s’il n’y avait pas partage.

L’œuvre est indissociable de l’idée de commencement, elle-même solidaire de la notion de sujet. Le poète naît dans le poème qui chez son lecteur initie une autre voie. Considérant dans ma perspective l’œuvre de Claude Vigée, je voudrais éclairer ce « mystère de l’instant futur » dont il parle dans La Lune d’hiver (1970) et faire sentir une fois encore toute la vigueur et la cohérence de sa pensée, qui m’a permis d’aller plus loin sur le chemin que j’avais jusque-là suivi.

Je partirai donc de la rencontre et mettrai en relief dans leur cohérence les concepts clefs de la pensée poétique de Claude Vigée, essentielles, me semble-t-il, pour le poète d’aujourd’hui.

Contributions complémentaires pour les actes du colloque :

Nelly Carnet ‒ Sous le signe de l’exil et du transitif

Ma première lecture de Claude Vigée est récente. Elle a débuté il y a tout juste dix ans. C’est le traducteur de Rilke que j’ai tout d’abord rencontré avec l’envoi du recueil Le vent du retour par Gérard Pfister en 2005. Je dois avouer que Claude Vigée m’était inconnu jusqu’à ce jour. Pas un mot de cet écrivain dans les universités que j’avais fréquentées entre 1989 et 1997, ni même dans des séminaires où il aurait pu être évoqué. En effet, le rapport entre l’écriture et l’identité d’une part et les références importantes à la mythologie d’autre part auraient pu le justifier. Lointain, Claude Vigée l’était, géographiquement, dans les pensées et les réflexions.

Est-ce alors son retour en France et une production littéraire prolifique correspondant aux années où sa femme était malade qui ont favorisé une plus large diffusion de l’œuvre de l’auteur représentée cette fois-ci essentiellement par des universitaires exerçant dans la capitale ? La même année (2005), je me suis retrouvée avec la réédition de La lutte avec l’Ange dans les mains. Suivirent ensuite de nombreux livres, tous lus avec intérêt. Parfois, la tâche me semblait ardue : toutes ces références à la culture juive étaient une découverte. Commencer à lire un auteur avec son tout premier livre et dans sa forme initiale a été déterminant, car, généralement, le premier manuscrit porte en lui tous les germes de l’œuvre à venir. Avec l’écriture du « Chant de ma vingtième année » constitué d’un poème versifié et d’une prose explicative qui l’accompagne, le judan est né et avec lui toutes les forces combatives de l’auteur.

Dès son plus jeune âge, Claude Vigée semble s’inscrire sous le signe de l’exil et du transitif. Ce destin ne cessera de s’amplifier et de prendre forme à travers l’écriture quel que soit le genre jusqu’à une solide construction que je perçois comme une véritable œuvre-vie. Cette œuvre-vie peut-elle se lire à la fois comme un bilan personnel et collectif et une sorte de pensée vivifiante sur l’humanité où le combat du vivre et du re-vivre prend tout son sens, le vouloir-vivre s’exprimant sous toutes ses formes possibles ?

Autres articles : Helmut Pillau, sur son amitié avec Claude Vigée, Thierry Alcoloumbre sur l’incidence de l’hébreu dans la poésie de Claude Vigée et Michael Edwards (sujet non encore communiqué).

Nous inclurons les lettres qui nous ont été envoyées. (Anne Mounic)

>>> Le colloque est également annoncé sur FABULA, site web de recherche sur la littérature…

[i]Être poète pour que vivent les hommes, Choix d’essais, 1950-2005, Paris, Paroles et silence, 2006, p. 244.

[ii] Emmanuel Levinas, Humanisme de l’autre homme. Paris : Le Livre de Poche, biblio essais, 1987, p. 13.

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