Zhuangzi, au-delà des mots


Outre la figure semi-légendaire de Laozi, une autre figure majeure de l’époque des Royaumes Combattants (-481 – -221) – rangée dans la catégorie arbitraire du « taoïsme philosophique » par souci de classification -, c’est Zhuangzi 莊子. De son vrai nom Zhuang Zhou  周, Zhuangzi ou maître Zhuang, aurait vécu au IVe siècle selon l’historiographe Sima Qian (- 145 – – 86), et serait un contemporain du confucéen Mengzi (environ -380 – -289). Originaire du pays de Chu  (ou de Song ?, actuelle province du Henan),  il est marqué par la tradition culturelle du sud de la Chine, une culture originale, foisonnante, très créative, bien différente de celle de la plaine centrale du Nord qu’occupe  à cette époque la dynastie des Zhou, de culture ritualiste et confucéenne.  Le recueil qu’on attribue au maître, un recueil éponyme, le Zhuangzi, témoigne de l’originalité de cette culture méridionale. L’ouvrage est  composite – avec des poèmes, des discussions, ou encore des anecdotes ou des fables – mais forme cependant un ensemble littéraire homogène. Trente-trois chapitres de littérature classique remarquable, rédigés entre le IVe siècle avant notre ère et la fin du IIIe siècle sous les Han (-206 – +220). Seuls les sept premiers, les « chapitres internes » seraient de sa main, tandis que les « chapitres externes » (8 à 22) et les « chapitres mélangés » (23 à 33), d’une composition plus complexe, sont sujets à controverses. Le contenu frappe par son hétérogénéité, avec des poèmes parfois rimés, des dialogues, des discussions, des anecdotes, des fables, et autres affabulations, laissant supposer la participation de plusieurs auteurs.

Au-delà des mots

Zhuangzi insiste sur l’au-delà des mots, l’au-delà du langage, des mots qui limitent la connaissance du monde. Sources de différentiations, de distinctions, de découpages conventionnels et donc artificiels et arbitraires de la réalité, fluctuants, ils limitent l’accès à la voie vers l’unité. S’ils sont nécessaires en tant que repères discursifs pour l’homme, ils doivent être abandonnés, tout comme doit l’être la nasse ou le piège une fois capturé le poisson ou le lièvre, ainsi que le recommande Zhuangzi (Zhuangzi 26), et qu’aiment à le répéter maints textes taoïstes postérieurs, pour accéder, par-delà le langage, au sens véritable, car, finalement, « Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle, ne sait pas » (Zhuangzi 13, 9 ; idem Laozi 56) :

« La raison d’être de la nasse est dans le poisson ; une fois pris le poisson, on oublie la nasse. La raison d’être du piège est dans le lièvre ; une fois capturé le lièvre, on oublie le piège. La raison d’être des mots est dans le sens ; une fois saisi le sens, on oublie les mots. Où trouverai-je celui qui sait oublier les mots pour lui dire deux mots ? » (Zhuangzi 26).

Zhuangzi rebondit sur une pointe d’humour, provoque le rire qui surprend, bouscule, éveille…

Celui qui oublie les mots, c’est le personnage central du Saintshengren 聖 人 – ou encore l’« homme authentique » (zhenren 真人) comme le formule pour la première fois Zhuangzi, dont le cœur ( esprit), pur, – exempt de jugements moraux, de passions -, « reflet du Ciel-Terre » (Zhuangzi 33), est comme un miroir sur lequel rien ne se fixe. Le Saint s’oublie soi-même, oublie son égo, car « dans le spontané qui consiste à s’accorder aux choses, il n’y a pas de place pour le moi » (Zhuangzi 7, 3).

L’« homme authentique » (zhenren 真人) – être immortel (xianren 仙人) – s’ ébat aux quatre coins de l’univers en toute liberté, hors des normes, du monde limité des sens, des formes, des conventions humaines, dans un état de « contemplation extatique de l’Unité universelle » (Zhuangzi 17).

 

 

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