Chronologie de la Chine de 1839 à 2005 par Olivier Pironet


Guerres et rébellions

Signature du traité de Nankin (John Platt (peintre) John Burnet (graveur), 1846

Signature du traité de Nankin (John Platt (peintre) John Burnet (graveur), 1846)

1839-1842. Première guerre de l’opium. Face à l’invasion du commerce illégal de l’opium, le pouvoir chinois décide la destruction de stocks à Canton, en juin 1839. Le Royaume-Uni riposte avec des opérations militaires d’envergure.

1842. Le 29 août, signature du traité de Nankin, qui marque la défaite chinoise. Les Britanniques reçoivent Hongkong, et cinq ports – Canton, Shanghaï, Amoy (aujourd’hui Xiamen), Ningbo et Fuzhou – sont ouverts au commerce international, notamment aux importations d’opium. Dans la foulée, les puissances étrangères dominantes (Allemagne, Royaume- Uni, France, etc.) imposent des traités injustes, appelés par les Chinois «traités inégaux», qui imposent entre autres l’exterritorialité (les étrangers échappent aux lois chinoises) et la limitation des droits de douane à 5 % au maximum ; la Chine perd sa souveraineté douanière, alors que les Occidentaux protègent leurs marchés.

1850-1853. Soulèvement des Taiping, mouvement religieux dont l’instigateur se considérait comme le « Christ jaune » et qui se battait pour l’égalité et contre le pouvoir impérial mandchou, dans la province du Guangxi. Les Taiping occupent Nankin en 1853. Au nord, les soulèvements sont menés par les Nian, autre société secrète égalitariste et antimandchoue.

1855. Rébellions des musulmans du Yunnan, et de la Triade à Shanghaï.

1856. Début de la seconde guerre de l’opium. La France, les États-Unis et le Royaume-Uni réclament l’ouverture de nouveaux ports. Canton est bombardé.

1858. Signature, le 1er juin, du traité de Tianjin, qui sera ratifié en 1860. Onze nouveaux ports francs doivent être ouverts au commerce occidental.

1860. Prise de Pékin par un corps expéditionnaire franco-britannique en octobre (événement connu sous le nom de «sac du Palais d’été»). Le traité de Pékin met un terme au conflit. Britanniques et Français se partagent des concessions, quartiers centraux de grandes villes telles que Shanghaï ou Tianjin gérés de façon coloniale.

1861. Révolte des musulmans du Shaanxi et du Gansu.

1862. Révolte des territoires musulmans du Xinjiang.

1864. Reprise de Nankin aux Taiping par les forces impériales mandchoues, et violente répression des différents mouvements rebelles.

1878. «Pacification» du Xinjiang. Les soulèvements populaires qui ont secoué la Chine entre 1853 et 1878 ont fait plus de 20 millions de morts.

L’éclatement territorial

1894-1895. Guerre sino-japonaise au sujet de la Corée. Victoire nippone, et signature du traité de Shimonoseki en avril 1895 : la Chine cède Taïwan et les îles Penghu à l’empire japonais.

1897-1899. Vague d’annexions des régions stratégiques du pays par les puissances étrangères (Allemagne, Royaume-Uni, Russie, France). La « réforme des cent jours », initiée en juin 1898 par l’empereur, qui fait appel au lettré Kang Youwei, se solde par un échec. L’impératrice douairière Cixi fait exécuter ou contraint à l’exil les principaux réformateurs.

1900. En juin, révolte des Boxeurs, mouvement millénariste et xénophobe. Ils occupent Pékin et assiègent les ambassades occidentales pendant cinquante-cinq jours. Un corps expéditionnaire international (anglais, américain, allemand, autrichien, italien, français, russe, japonais) reprend la ville en août.

1901. Signature du «protocole des Boxeurs», qui entérine le stationnement des troupes étrangères dans le pays et impose au gouvernement impérial le versement de lourdes indemnités financières aux puissances occidentales.

1904-1905. Guerre entre la Russie et le Japon avec la Mandchourie comme enjeu. Défaite russe sur terre lors de la bataille de Moukden (Shenyang aujourd’hui) et sur mer lors de celle de Tsushima.

1905. Sun Yat-sen fonde, à Tokyo, la Ligue jurée (Tongmenghui), ancêtre du Guomindang.

1910. Annexion de la Corée par le Japon. Le nord-est de la Chine est partagé entre l’influence russe et l’influence japonaise.

1911. Soulèvements révolutionnaires à Wuchang (dans l’agglomération de Wuhan, province de Hubei), et formation d’un gouvernement provisoire à Nankin. La Mongolie extérieure s’émancipe.

1912. Le 1er janvier, Sun Yat-sen proclame la République chinoise à Nankin. Après l’abdication de l’empereur Puyi, le 12 février, il cède le pouvoir à Yuan Shikai.

Le temps du Guomindang

1914. Yuan Shikai dissout le Parlement et se prépare à instaurer une dictature à son profit.

1915. Le Japon présente ses «vingt et une demandes», qui visent à transformer la Chine en protectorat.

1916. Mort subite de Yuan Shikai. Début de la période dite des «seigneurs de la guerre», qui durera jusqu’en 1927.

1919. Le 4 mai, de jeunes intellectuels manifestent à Pékin pour protester contre l’attribution aux Japonais, en vertu du traité de Versailles, des possessions allemandes dans la province du Shandong. Le mouvement, à la fois patriotique et social, s’étend aux grandes villes du pays.

1921. Fondation du Parti communiste chinois (PCC) à Shanghaï, le 1er juillet. Chen Duxiu, l’un des animateurs du mouvement du 4-mai, est élu secrétaire général. Sun Yat-sen forme un gouvernement nationaliste à Canton.

1925. Mort de Sun Yat-sen. Tchang Kaï-chek lui succède au Guomindang. Soulèvements populaires, à Shanghaï et Hongkong, contre les puissances occidentales.

1926. Tchang Kaï-chek, allié aux communistes depuis 1924, prend la tête de l’«expédition du Nord» (Beifa). La région du Yangzi est libérée.

1927. Les troupes nationalistes de Tchang Kaï-chek massacrent les communistes et les syndicalistes à Shanghaï, en avril. Rupture entre le Guomindang et le PCC. Insurrection communiste de Nanchang (Jiangxi), le 1er août. Naissance de l’Armée rouge.

1928. Tchang Kaï-chek crée un gouvernement nationaliste à Nankin, le 10 octobre. Lancement de la seconde expédition vers le nord.

1931. Le Japon envahit la Mandchourie en septembre. Le 7 novembre, Mao Zedong fonde la République socialiste chinoise du Jiangxi, qui concerne 25 millions de Chinois sur 450 millions.

1932. L’armée nippone occupe la partie de Shanghaï sous administration chinoise (janvier-mars). Puyi, qui avait abdiqué en février 1912, est proclamé empereur de Mandchourie, le 9 mars.

1933. Les Japonais progressent en Chine du Nord et en Mongolie intérieure. Ils quittent la Société des nations (SDN) le 27 mars.

1934. Pour échapper à la cinquième campagne d’extermination lancée par Tchang Kaï-chek, les communistes entament la Longue Marche vers le Shaanxi en octobre. Huit mille hommes – sur près de cent mille – arriveront à destination un an plus tard.

Naissance de la République populaire de Chine

1935. Mao Zedong devient président du PCC.

1937. Le PCC et le Guomindang mettent fin, le 10 février, à la guerre civile et font front commun contre l’offensive générale lancée par les Japonais à partir du 7 juillet. Ces derniers prennent Nankin, en décembre, et massacrent entre 150 000 et 200 000 personnes.

1938. Wuhan et Canton tombent aux mains du Japon. Le gouvernement chinois se réfugie à Chongqing (Sichuan).

1940. Formation d’un gouvernement projaponais à Nankin, le 20 mars, dirigé par Wang Jingwei.

1941. Les troupes de Tchang Kaï-chek attaquent l’une des principales armées communistes dans l’Anhui et massacrent ses dirigeants. Entrée en guerre du Japon contre les États-Unis (attaque sur Pearl Harbor).

1942-1943. La famine qui sévit dans le Henan fait plus de 2 millions de morts.

1945. Capitulation japonaise le 15 août. Début des négociations entre Mao Zedong (PCC) et Tchang Kaïchek (Guomindang), à Chongqing, pour le contrôle du pays.

1946. Reprise de la guerre civile entre nationalistes et communistes en juillet.

1947. Les troupes de Tchang Kaï-chek prennent Yanan (Shaanxi) et Nankin, tandis que les communistes progressent en Mandchourie.

1948. Formation d’un gouvernement populaire en Chine du Nord. La «bataille de Huai-Hai» (nov. 1948-janv. 1949) scelle la victoire des communistes.

1949. Proclamation de la République populaire de Chine (RPC), place Tian’anmen, le 1er octobre. Mao Zedong, déjà à la tête du PCC, devient président de l’État. Le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek se réfugie à Taïwan. Mao Zedong se rend en Union soviétique en décembre.

La voie maoïste

1950. Signature du traité d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle sino-soviétique le 14 février à Moscou. Début de la guerre de Corée, le 25 juin. La Chine y envoie 700 000 volontaires en octobre.

1951. Loi du 21 février sur la punition des «contre-révolutionnaires », et début d’une campagne en vue de leur élimination, dite « terreur rouge ».

1953. Fin de la guerre de Corée en juillet. Lancement du premier Plan quinquennal, qui privilégie l’industrialisation intensive, sur le modèle soviétique.

1954. La conférence de Genève, à laquelle la Chine participe, met fin à la guerre d’Indochine, en avril. En septembre, la première Assemblée nationale populaire adopte la première Constitution de la RPC.

1955. Conférence de Bandung (des non-alignés) en Indonésie (18-24 avril). Mao Zedong étend et accélère la collectivisation agricole.

1956. Nationalisation des entreprises industrielles et commerciales dans les grandes villes. Le PCC prend progressivement ses distances avec Moscou, après le XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS), qui dénonce les crimes de Staline.

1957. Lancement, en mars, de la campagne des Cent Fleurs, qui marque l’ouverture au débat intellectuel. En juin, le Quotidien du peuple lance une campagne «antidroitiste» qui y met un terme.

1958. Début du Grand Bond en avant après la seconde session du VIIIe Congrès du PCC, en mai. Institution des communes populaires, et suppression de la propriété individuelle. La déstabilisation des systèmes agricole et industriel entraîne un début de famine.

1959. L’insurrection au Tibet est écrasée par l’armée chinoise, et entraîne la fuite du dalaï-lama en Inde. Liu Shaoqi devient président de la République en avril.

1960. Début de la rupture sino-soviétique en juillet, qui sera effective en 1963-1964. La famine qui ravage le pays fait plusieurs dizaines de millions de morts en trois ans.

1962. Le PCC admet l’échec du Grand Bond en avant, et redonne la priorité à l’agriculture progressivement décollectivisée. Conflit sino-indien à propos des frontières dans l’Himalaya (oct.-nov.), qui débouche sur la défaite de l’Inde.

1964. Reconnaissance de la Chine populaire par la France. Premier essai nucléaire chinois (bombe A).

La Révolution culturelle

1966. Début, en mai, de la «grande révolution culturelle prolétarienne», qui s’appuie sur les gardes rouges, issus de la jeunesse urbaine. Elle se traduit par une chasse aux intellectuels et à tout ce qui peut être qualifié de « bourgeois ».

1968. Répression contre les gardes rouges. Entre 16 et 20 millions de jeunes sont envoyés à la campagne.

1969. Réunion du IXe Congrès du PCC, en avril, qui réaffirme le rôle dirigeant de Mao Zedong et désigne Lin Biao, un des promoteurs de la Révolution culturelle, comme successeur officiel de Mao Zedong. Accrochages sino-soviétiques sur le fleuve Oussouri.

1971. Le 25 octobre, la Chine est admise à l’ONU, à la place de Taïwan, et devient membre permanent du Conseil de sécurité. Lin Biao, accusé de complot contre Mao Zedong, meurt dans un accident d’avion.

1972. Visite du président américain Richard Nixon (21-28 février). Les États-Unis reconnaissent que Taïwan fait partie de la Chine (communiqué de Shanghaï). Rétablissement des relations diplomatiques avec le Japon.

1973. Réhabilitation des dirigeants écartés lors de la Révolution culturelle. Deng Xiaoping retrouve son siège au Comité central du PCC.

1975. Zhou Enlai annonce le programme des «quatre modernisations», qui vise à sortir de la catastrophe de la Révolution culturelle. Deng Xiaoping est nommé vice-président du PCC. Mort de Tchang Kaï-chek à Taïwan. Son fils Chiang Chin-kuo lui succède.

1976. Mort de Zhou Enlai, le 8 janvier. Manifestations populaires en son honneur sur la place Tian’anmen, les 4 et 5 avril. Destitution, le 7 avril, de Deng Xiaoping, remplacé par Hua Guofeng.

Mort de Mao Zedong, le 9 septembre. Arrestation en octobre de la « bande des quatre », dont Jiang Qing, la veuve de Mao, pilier de la Révolution culturelle.

1977. Retour au pouvoir de Deng Xiaoping à l’issue du XIe Congrès du PCC, sous la pression de l’armée. Le PCC proclame officiellement la fin de la Révolution culturelle en août.

Réformes et contestations

1978. Apparition des premières affiches contestataires (dazibao) sur le mur de la Démocratie, à Pékin. Lors du plénum du Comité central, en décembre, Deng Xiaoping remporte la victoire sur Hua Guofeng, et lance des réformes économiques et sociales.

1979. Offensive militaire au Vietnam. Le mouvement pour la démocratie dit du «printemps de Pékin», amorcé en 1978, est durement réprimé en mars. Création des premières zones économiques spéciales (ZES), qui ouvrent la Chine aux entreprises étrangères.

1980. Zhao Ziyang devient premier ministre (en septembre). Ouverture du procès de la «bande des quatre».

1982. Promulgation de la quatrième Constitution depuis 1949. Hu Yaobang devient secrétaire général du PCC.

1984. Accord sino-britannique sur la rétrocession de Hongkong à la Chine. Deng Xiaoping relance la réforme économique.

1985. Libéralisation des prix alimentaires dans les villes. Un traité de commerce de cinq ans, signé en juillet, scelle la réconciliation entre la Chine et l’URSS.

1986. Hu Yaobang, secrétaire général du PCC, prône la libération de la pensée et la mise en œuvre de réformes politiques. Manifestations étudiantes en faveur de la démocratie à Shanghaï, Nankin et Pékin.

1987. Deng Xiaoping condamne les manifestations. Hu Yaobang est remplacé par Zhao Ziyang; s’ensuit une vague de répression dans les milieux universitaires. Li Peng devient premier ministre en novembre. Soulèvements au Tibet, qui se poursuivront en 1988 et 1989.

1989. Mort subite de Hu Yaobang, en avril, qui provoque des manifestations étudiantes et ouvrières à Pékin. Deng Xiaoping déclenche la répression : dans la nuit du 3 au 4 juin, l’armée tire sur la foule rassemblée place Tian’anmen, faisant entre 1 500 et 3 000 morts. Zhao Ziyang, jugé trop conciliant, est remplacé par le conservateur Jiang Zemin.

Transformation silencieuse

1992. Lors d’un voyage dans la zone économique spéciale de Shenzhen, en janvier-février, Deng Xiaoping annonce la relance des réformes économiques. Il sort vainqueur du XIVe Congrès du PCC, en octobre.

1993. Le nouveau concept d’«économie de marché socialiste » fait son entrée dans la Constitution. Violentes émeutes dans les campagnes tout au long de l’année.

1996. Crise dans le détroit de Taïwan entre la Chine et les États-Unis (18-25 mars).

1997. Mort de Deng Xiaoping le 19 février. Jiang Zemin apparaît comme le nouvel homme fort du pays après le XVe Congrès du Parti. Les Britanniques rétrocèdent Hongkong à la Chine le 1er juillet.

1998. M. Zhu Rongji devient premier ministre en mars.

1999. Cent mille adeptes de la secte Falungong manifestent devant le siège du gouvernement à Pékin (25 avril). Bombardement, en mai, de l’ambassade de Chine à Belgrade par l’OTAN, dont Pékin avait dénoncé l’intervention au Kosovo. Les Portugais rétrocèdent Macao à la Chine le 20 décembre.

2000. M. Chen Shui-bian, un indépendantiste, devient président de Taïwan en mars. De violentes émeutes paysannes éclatent en juillet dans le sud de la Chine.

2001. Crise diplomatique avec les États-Unis, en mars, après la collision entre un avion espion américain et un chasseur chinois. Révélation de l’affaire du sang contaminé dans la province du Henan, ravagée par le sida. La Chine entre à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le 11 décembre.

2002. M. Hu Jintao devient secrétaire général du PCC lors du XVIe Congrès du parti, en novembre. Importantes manifestations d’ouvriers licenciés dans le nordest de la Chine.

2003. M. Hu Jintao succède, en mars, à Jiang Zemin, qui reste président de la Commission militaire centrale du PCC. M.Wen Jiabao remplace M. Zhu Rongji au poste de premier ministre. En juillet, manifestations à Hongkong contre un projet de loi antisubversion, finalement abandonné en septembre. Premier vol spatial habité chinois, le 15 octobre.

2004. La notion de propriété privée entre dans la Constitution en mars. M. Hu Jintao prend la tête de la Commission militaire centrale du PCC à la place de Jiang Zemin : il a désormais tous les pouvoirs. Le président taïwanais, M. Chen Shui-bian, est réélu en mai.

2005. Mort de Zhao Ziyang, en janvier. Le 14 mars, le Parlement adopte la loi antisécession, qui rend illégale toute tentative d’indépendance de la part de Taïwan. Le cinquième plénum du XVIe Congrès du PCC lance son onzième Plan quinquennal, destiné à réduire les inégalités sociales et économiques. Deuxième vol spatial habité chinois, du 12 au 17 octobre.

Olivier Pironet (voir Le Monde diplomatique, février 2006)

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