Quand Simon Leys exalte Zhuangzi…


Pierre Rickmans alias Simon Leys est mort – il y a presque un mois maintenant – à l’âge de 79 ans, le 11 août 2014. Le sinologue belge, connu pour ses nombreux essais et traductions, s’enthousiasmait notamment, alors qu’il répondait aux questions du journal l’Express, sur l’émotion profonde que peuvent produire certaines œuvres : «Je crois à l’universalité et à la permanence de la nature humaine; elle transcende l’espace et le temps. Comment expliquer sinon pourquoi les peintures de Lascaux ou la lecture de Zhuangzi (Tchouang-tseu) ou de Montaigne peuvent nous toucher de façon plus immédiate que les informations du journal de ce matin?»… Mais qui est en quelques mots ce fameux Zhuangzi ?

Zhuangzi (Tchouang-Tseu) et l’« homme authentique » (zhenren)

Figure majeure du taoïsme philosophique de l’époque des Royaumes Combattants (-481 – -221), Zhuangzi. Zhuang Zhou, alias Zhuangzi ou maître Zhuang, aurait réellement vécu au IVe siècle selon Sima Qian (- 145 – – 86), et serait originaire de la région de Song, dans l’actuelle province du Henan. On lui attribue la rédaction d’un recueil éponyme, composite, mais formant cependant un ensemble littéraire, trente-trois chapitres de littérature classique remarquable, rédigés entre le IVe siècle avant notre ère et la fin du IIIe siècle sous les Han (-206 – +220). Seuls les sept premiers, les « chapitres internes » seraient de lui, tandis que les « chapitres externes » (8 à 22) et les « chapitres mélangés » (23 à 33) d’une composition plus complexe, sont sujets à controverses. Le contenu frappe par son hétérogénéité, avec des poèmes parfois rimés, des dialogues, des discussions, des anecdotes, des fables, et autres affabulations, laissant supposer la participation de plusieurs auteurs.

Le personnage central du Saint, l’« homme authentique », immortel, s’y ébat aux quatre coins de l’univers en toute liberté, hors des normes, du monde limité des sens, des formes, des conventions humaines, dans un état de « contemplation extatique de l’Unité universelle » (Zhuangzi 17).

Zhuangzi insiste sur l’au-delà des mots, l’au-delà du langage, qui limitent la connaissance du monde. Sources de différentiations, de distinctions, de découpages artificiels et arbitraires de la réalité, fluctuants, ils obstruent la voie vers l’unité. S’ils sont nécessaires en tant que repères discursifs pour l’homme, ils doivent être abandonnés comme doit l’être la nasse ou le piège une fois capturé le poisson ou le lièvre, ainsi que le recommande Zhuangzi (Zhuangzi 26), et qu’aiment à le répéter maints textes taoïstes postérieurs, pour accéder par-delà le langage au sens véritable : « Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle, ne sait pas » (Zhuangzi 13, 9 ; idem Laozi, 56).

Par ailleurs, il exalte la figure du Saint dont le cœur pur, exempt de passions, « reflet du Ciel-Terre » (Zhuangzi, 33) est comme un miroir. Le Saint s’oublie soi-même car « dans le spontané qui consiste à s’accorder aux choses, il n’y a pas de place pour le moi » (Zhuangzi 7, 3).

A méditer…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s