Le bouclier comme étoile, l’étoile comme bouclier : David et le règne messianique


Les hommes se sont de tous temps tournés vers le ciel, vers ce qu’ils percevaient dans le passé comme une voûte étoilée. Quand astronomie et astrologie étaient encore sœurs jumelles, ils ont attribué aux corps célestes des influences diverses, bénéfiques ou maléfiques selon leurs configurations et leurs vertus propres. Ils ont dessiné, peint, gravé, sculpté des étoiles qu’ils ont répandues sur la terre, sur divers continents, à travers les civilisations, de l’Orient à l’Occident. Toutes sortes d’étoiles, des plus profanes aux plus sacrées, ornementales, héraldiques, magiques, religieuses, alchimiques, symboliques à cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, et même dix-huit pointes. Des étoiles antiques à l’étoile du berger, en passant par celle du shérif, et toutes celles qui constellent les drapeaux, il y a de quoi être blasé devant tant d’abondance et de banalité…*

Synagogue de Capharnaüm (Kefar Nahum) (Palestine, Ve siècle)

Synagogue de Capharnaüm (Kefar Nahum) (Palestine, Ve siècle)

Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est l’étoile à six pointes bien connue sous le nom d’Étoile de David. Considérée comme un symbole universel depuis la fin de l’Antiquité, cette figure n’est pas l’apanage du monde juif. Cependant, son histoire suit ce peuple dans divers contextes socio-religieux et dans ses déplacements géographiques. Le judaïsme antique emploie de nombreux symboles, empruntés en partie au monde non-juif, dont l’arrière-plan est pour une part religieux, en relation avec le culte au Temple. Les étoiles à six pointes tout comme celles à cinq pointes viennent clairement de là. Certains historiens l’associent au domaine de la magie et de l’astrologie en vigueur dans le monde gréco-romain, issues probablement d’Égypte et de Babylonie. Ils identifient également des connexions entre l’étoile avec ses significations symboliques à l’intérieur de la cosmogonie et de la mystique juives et la numérologie pythagoricienne, et enfin, avec les mythes de Bacchus-Dionysos.

L’Étoile de David, du nom du roi biblique, père de Salomon, modèle symbolique de royauté comme nous le verrons, contient depuis la plus haute Antiquité[1] le projet davidique d’instaurer la royauté humaine véritable sur la terre. Cette œuvre que l’on attribue communément, comme le dit la tradition hébraïque, à un « certain (al pnoni)[2] messie, fils de David » dans un avenir proche ou lointain, voire très lointain reste pour les cabalistes bien vive et exclusivement entre les mains de la collectivité humaine, en fonction des réalisations profondes de chacun et ce quelle que soit son étoile d’origine. C’est essentiellement donc sous cet angle, que j’aborderai le thème de l’Étoile de David, plus exactement l’interprétation métaphorique du bouclier de David et du principe royal universel que ce dernier symbolise, avec ici et là quelques repères historiques très généraux.

Avant d’être nommée populairement « Étoile de David » probablement au 19e siècle[3], l’hexagramme étoilé et David ont cheminé indépendamment : la figure d’un côté, adoptée par de nombreuses cultures depuis l’Antiquité, et David, de l’autre. Très schématiquement depuis le Proche Orient en passant par l’Asie mineure, elle gagne l’Europe, dans le monde méditerranéen, où elle continuera d’être utilisée par diverses communautés, juives ou non. La figure étoilée n’est assimilée au bouclier de David qu’à partir du Moyen Âge, au XIIIe s, au sein des milieux cabalistes, par l’entremise de l’espagnol Joseph ben Abraham Gikatilla[4], disciple et successeur du cabaliste renommé, Abraham ben Samuel Aboulafia (1240-1291). Par identification de l’hexagramme au bouclier du roi David, et en référence à la légende bien connue de ce roi combattant dans les temps bibliques avec un bouclier orné d’une étoile à six pointes, l’étoile se fait nommément bouclier.

L’étoile comme bouclier ?

>>> Pour accéder aux illustrations qui accompagnent l’article Powerpoint_ETOILE de David_2014

Cette légende du roi David est bien connue dans l’Antiquité, bien qu’il n’y en ait pas de preuve historique. Mais je ferai mienne aujourd’hui, sous forme de boutade, l’affirmation de l’écrivain Georges Duhamel (1884-1966) : « Ainsi que tous les gens sérieux, je ne crois pas à la vérité historique, mais je crois à la vérité légendaire ». Quant aux boucliers, s’il est dit dans la Bible que David en possédait et qu’ils étaient gardés dans le Temple à Jérusalem, là non plus, il n’en existe pas de preuves archéologiques, ni littéraires évidentes, comme le constatent certains spécialistes.

Alors quittons le terrain militaire pour emprunter d’abord la piste philologique en quête du bouclier de David. Le terme qui le désigne en hébreu, MaGeN, indique, conformément à toute attente, une protection contre des attaques extérieures. On peut remarquer que la racine de ce mot GN est identique à celle qui désigne le « jardin » – GaN – dans jardin d’Eden, où l’Adam primordial est façonné, c’est-à-dire un monde clos, protégé. Or, il se trouve curieusement que, selon le cabaliste médiéval Moïse de Léon, auquel on attribue la rédaction du Zohar ou Livre de la Splendeur, David est assimilé voire identifié à Adam[5]. Nous reviendrons plus tard sur cette identification en abordant le symbolisme du bouclier de David dans une perspective messianique.

Quel est le bouclier, la protection MaGeN dans la Bible ? Clairement, à maintes reprises, c’est le Tétragramme, YHWH, les quatre consonnes hébraïques du divin, une de ses appellations indicibles. En effet, le bouclier apparaît quelque quinze fois dans un sens métaphorique dans les Psaumes de David associé au divin quaternaire. Pour preuve quelques versets « Mais toi, ô YHWH, tu es un bouclier qui me protège […] » (Ps. 3, 4) ; ou encore : « Notre âme met son attente en YHWH: il est notre aide et notre bouclier. » (Ps. 33, 20) ; et enfin « Car YHWH-Elohim est un soleil, un bouclier: YHWH octroie grâce et honneurs; il ne refuse pas le bonheur à ceux qui marchent dans la droiture » (Ps. 84, 12).

Or, il est attesté que le judaïsme alexandrin a assimilé, au Ier siècle, l’arithmétique grecque et le pythagorisme. En témoigne Philon d’Alexandrie qui associe le Tétragramme YHWH à la figure symbolique attribuée à Pythagore : la Tétraktys[6], le quaternaire[7]. C’est là que peuvent se percevoir les liens entre la figure de l’hexagramme étoilé et le principe royal de David, à travers cette notion pythagoricienne, et comment peut s’interpréter la figure des deux triangles entrelacés en parfait équilibre à l’aune de cette Tétraktys.

Tetraktys pythagoricienne

Fig. 1 : Tetraktys pythagoricienne

A quoi ressemble-t-elle ? A un triangle, avec les quatre premiers nombres symboliques 1, 2, 3, 4, s’étageant sur quatre niveaux : le 1 dans la pointe ; puis, de haut en bas, le 1+2, le 1+2+3 et à la base le 1+2+3+4. La somme de ces quatre premiers nombres équivaut à 10, symbole de perfection. Par un heureux hasard, la lettre Yod, plus petite lettre de l’alphabet hébraïque, vaut 10 et est signe de perfection connu par les cabalistes. Rien d’étonnant à ce que, tout comme Pythagore, les cabalistes voient dans la Tétraktys la manifestation du Dieu d’harmonie et d’équilibre d’où sont issus tous les êtres[8].

Tetraktys cabaliste

Fig. 2 : Tetraktys cabaliste

Ils reproduisent alors la Tétraktys en y inscrivant de la même façon verticalement les quatre lettres du Tétragramme YHWH réparties sur quatre niveaux. Ces quatre niveaux correspondent aux quatre mondes cabalistes, du plus inconnaissable jusqu’au monde des phénomènes : le premier, le plus proche de l’origine ou monde de l’émanation ; le deuxième est celui de la pénétration formatrice ou monde de l’idéation ; le troisième, le monde de la mise en forme, et enfin le dernier celui de la réalisation phénoménale. Au sommet, le Y ou Yod est le germe divin, de valeur symbolique 10, qui s’épanche dans les dix principes cabalistes originels fondateurs du cosmos (sefirot). Ces principes structurent toute la manifestation divine dans les quatre mondes cabalistes – de haut en bas de la Fig. 2 : Y,YH, YHW, YHWH – depuis les plus grandes raréfactions jusqu’aux plus grandes profondeurs.

Quant à l’hexagramme étoilé, ses deux triangles équilatéraux – parfaitement entrelacés dans un cercle virtuel – manifestent l’équilibre, selon le principe de l’épanchement – triangle pointe en haut – et de la réception – triangle pointe en bas – pour reprendre la terminologie propre au système cabaliste des 10 sefirot. Les alchimistes, par exemple, ont repris au XVIe siècle l’hexagramme de la mystique juive pour figurer l’union de l’Eau et du Feu, qu’ils utilisent encore en de nos jours[9].

Et David dans tout ça ? Plus que le roi historique[10] remarquable, David est le roi archétypal[11]. Il représente le principe royal universel, hors de l’histoire, comme l’affirme au Moyen Âge Moïse de Léon dans le Zohar, le livre de la Splendeur[12]  : « […] Le roi David vit et existe éternellement et dans tous les siècles »[13]. Sa fonction sacerdotale d’unir le monde d’en haut à celui d’en bas – ce qui résonne presque comme une Lapalissade pour tout souverain antique, Fils du ciel –, est inscrite dans son nom même, David : trois consonnes hébraïques DVD, דוד. Un D au début, un D à la fin. Deux D, ou deux Daleth ד, deux portes en hébreu. Avec, entre ces portes, un crochet, qui les relie, la consonne Waw ו, marquant une conjonction, dont nous reviendrons sur le symbolisme dans la suite de cet exposé pour des raisons didactiques. D est la 4e lettre de l’alphabet hébraïque à laquelle est associée la valeur numérique symbolique 4. Ce 4 correspond dans la métaphysique cabaliste aux quatre mondes dont nous avons parlé ainsi qu’aux quatre degrés constitutifs de l’homme : le corps, le souffle, l’âme vitale et l’âme divine. Pour résumer, DVD autrement dit les deux D (=portes) reliées par la consonne Waw ו, le crochet symbolisent donc l’union de l’infini du monde d’en haut avec le monde infini d’en bas par l’homme. Ce qui peut se traduire en référence à Pythagore par l’union de la Tétraktys d’en haut avec la Tétraktys d’en bas, ce que représente la fonction royale liée au principe davidique.

Et de qui descend David ? Son père s’appelle Yshaï (=Jessé). En hébreu, Yshaï signifie « il a » un Yod ou « il est » un Yod. La lettre Yod ou Y, rappelons-le est la première lettre du Tétragramme YHWH, la plus petite consonne de l’alphabet hébraïque et ressemble à une espèce de germe, un germe divin, et vaut 10, symbole de perfection. David descend donc de Yshaï, celui qui a ou qui est un Yod, « la perfection de la présence divine », ce que symbolise le 10 ou encore le total achèvement de la manifestation divine, à l’échelle métaphysique. Tout comme les 10 sefirot sont les principes sur lesquelles se fonde tout ce qui est manifesté. « Tout suit un même secret – révèle le cabaliste médiéval Moïse de Léon – car de la même façon que les patriarches – Abraham, Isaac et Jacob – méritèrent tous trois le secret des degrés [les 10 sefirot ou 10 principes qui structurent l’univers], réalisèrent ce secret et furent appelés par leur nom [c’est-à-dire qu’ils ont réalisé la fonction qui leur était dévolue par leur nom], ainsi le roi David s’adonna toute sa vie au sens profond de la royauté qui fut bien son principe à lui ».[14]

Le bouclier comme étoile ou la visée messianique

Il est manifeste, dans cette conception cabaliste, qu’il ne s’agit pas ici du personnage historique de David, mais de la fonction royale universelle. Elle est en Égypte, elle est en Chine, elle est partout, chez tout Fils du ciel. C’est pourquoi David est dans le sans-temps – en tant que principe -, comme le dit Moïse de Léon : « Le roi David vit et existe éternellement et dans tous les siècles » [15].

Un sans-temps qu’il porte en quelque sorte au sein même de son nom, DVD,דוד. Voyez le petit crochet placé entre les deux D, les deux portes. Le Waw ו est bien le pictogramme du crochet en hébreu et joue le rôle de conjonction de coordination. Comme nous l’avons expliqué auparavant, la fonction symbolique royale de David est de coordonner le monde d’en haut à celui d’en bas et est représenté par ce crochet, ce Waw. Mais ce Waw a aussi la propriété d’agir sur le temps. Car dans la grammaire biblique, sa présence dans un verbe par exemple peut convertir son futur en passé, et inversement son passé en futur ; l’idée étant qu’un événement passé se prolonge dans le futur, et qu’un événement futur peut avoir eu lieu dans le passé. En somme, il y a un trait d’union entre ces différents temps. Ce qui peut nous inciter à penser que nous sommes dans une liaison permanente, un éternel présent. Propriété équivalente pour un nom, dans un contexte biblique. D’ailleurs, on le trouve dans le Tétragramme YHWH où, selon le penseur Adin Steinsalz dans son livre L’alphabet sacré, ce Waw ו y représente le stade de la révélation, dans le sens de réalisation ; c’est-à-dire qu’on passe d’un monde à l’autre, du monde de l’émanation et de l’idéation à celui de la réalisation dans le monde phénoménal.[16]. Donc, ce Waw, marque un lien analogue à l’échelle de Jacob, qui relie le haut avec le bas et le bas avec le haut. Le nom de DVD, comme principe royal, contient en lui cette union permanente et sa réalisation téléologique.

Un « certain » messie, fils de David

Nous avons évoqué au début de cet exposé des rapports entre Adam et David. Les rapports se jouent du côté du radical commun aux deux termes qui désignent en hébreu à la fois le jardin GaN dans l’expression « jardin d’Eden » et le bouclier MaGeN de David. Cette racine commune – GN – désigne la protection : à la fois dans le cas du jardin d’Eden, clos, et protégé, où rappelons-le a été façonné l’Adam primordial ; quant au bouclier de David, étant clairement en rapport avec le Tétragramme hébraïque, il est lui aussi une protection analogue à celle qui caractérise le jardin d’Eden. Et cette correspondance inattendue se retrouve en quelque sorte confirmée par Moïse de Léon qui aurait le premier[17] commenté le nom d’Adam comme l’acronyme symbolique d’Adam David Messie (ADM = vocalisé ADaM). Cette relation entre Adam, David et Messie marque la réalisation du projet téléologique d’établir l’harmonie sur la terre dont l’agent essentiel est l’homme symbolisé par David. Tel est, à grands traits, le symbolisme de l’étoile de David.

C’est sur le modèle royal du principe davidique qu’est envisagé son successeur, un « certain messie, fils de David » dont certains ont interprété l’annonce de la venue dans l’oracle du prophète Balaam [Nombres 24 :17] « […] je le vois, mais ce n’est pas encore l’heure ; je le distingue; mais il n’est pas proche : une étoile s’élance de Jacob, et une comète surgit du sein d’Israël, […] ». Si l’identification entre l’étoile et le bouclier de David est établie à plusieurs reprises, dès le IIe siècle avant notre ère[18], Rabbi Aqiba, un maître du Talmud, fait correspondre l’étoile pour sa part, dans les années 132-135, à un combattant de la liberté juive considéré comme messie, Bar Kochba, dont le nom signifie littéralement « fils d’une étoile ».

Reste à savoir ce que l’on entend par messie. Car du point de vue hébraïque, tout consacré royal est nommé ainsi… Pour ma part, je reprendrai l’un des trois sens de Messie qu’adopte le cabaliste médiéval Abraham Aboulafia (1240-1291), notamment parce que sa conception spiritualiste du messianisme a marqué les générations suivantes de cabalistes[19], et aussi parce que cette préoccupation trouve un écho dans l’actualité avec le regain des pratiques méditatives ou d’autres pratiques relatives à la quête du bien-être voire du bonheur, très en vogue actuellement. Moshe Idel, spécialiste contemporain de la Cabale, se faisant le truchement d’Abraham Aboulafia, présente le messianisme comme l’accomplissement d’une réalité qui existe déjà en puissance. En quelques mots, le véhicule du messianisme est l’Intelligence universelle, ou la faculté qui relie tout, à ne pas confondre avec la cérébralité due à l’activité de l’intellect. C’est elle qui « permet le passage de l’esprit de la puissance à l’acte, dont la résultante est le perfectionnement spirituel ». En d’autres termes, ce passage se fait du monde non encore manifesté au monde de la réalisation, depuis l’origine jusqu’au monde des phénomènes, en l’homme et par l’homme. L’homme accompli est par conséquent l’agent de cette Intelligence universelle. Un cabaliste anonyme du XVe siècle lie clairement la venue du messie à une mise en ordre intérieure individuelle : « […] Le fils de David ne viendra pas avant que toutes les âmes présentes dans le corps atteignent la force prophétique, qui est le fils de David, ce qui implique qu’elles aient dominé toutes les forces corporelles et tous leurs désirs, et que toutes les forces corporelles soient dès lors soumises et à l’écoute de l’esprit prophétique »[20].

Selon Moshe Idel, la conception apocalyptique juive classique considère que la venue du messie, fils de David sera précédé d’Élie. Qui est ce Élie ? Elie, Eliyah ou Eliyahou signifie littéralement en hébreu « ma force est l’Être » ou « l’Être est ma force ». En réalité, c’est la force du Yod, le 10, ce germe divin qui est en nous, c’est-à-dire l’Intelligence universelle. C’est lorsque cette force passe de la puissance à la réalisation, que se manifeste le messie, fils de David, et lorsque l’homme prend conscience de cette réalité. « […] Et bien entendu, – souligne Moshe Idel – ce fils de David ne s’identifie pas à une personnalité historique mais simplement, à une étape du devenir mystique de l’homme »[21].

Le fils de David n’existe que par l’homme, grâce à son œuvre intérieure. N’est-elle que spirituelle ? Non, toujours en liaison avec la matière parfois la plus dense. N’est-elle qu’individuelle ? Pas davantage, l’action sociale est majeure. Les contes le martèlent, en Occident, les sages se cachent dans les forgerons, les bûcherons, les charpentiers, les potiers, les cordonniers, etc. Et en Extrême orient, si les ermites peuplent les montagnes, retirés du monde, il existe aussi des ouvriers qui excellent dans leur art, ancrés dans la vie sociale, en prise avec la matière et en harmonie avec l’univers. Tel l’exemple du cuisinier Ding décrit par le maître chinois Zhuangzi. Un cuisinier passé maître dans son art de découper la chair d’un animal sans la déchirer et sans user le fil de son couteau parce qu’il suit dans cette chair les interstices, ceux-là mêmes qui structurent l’univers et tout ce qui existe[22]… Le messie naît en et par l’homme lorsque celui-ci s’accomplit en tant qu’unificateur harmonieux du haut et du bas, le corps et l’esprit, dans la communauté humaine, dans la vie terrestre et cette œuvre s’inscrit dans la collectivité : « Le messie n’est donc un homme ni un Dieu, mais la juste relation entre les êtres » conclut Marc-Alain Ouaknin, dans son ouvrage Mystères de la Bible [Assouline, 2008, p. 61]. L’étoile n’est là qu’en la réalisant à l’intérieur et hors de soi, dans toutes les subtilités de la vie…

* Cette conférence a été donnée dans le cadre des 19es rencontres littéraires d’Aubrac, qui se sont déroulées du 18 au 22 août 2014, et dont le thème a porté sur « Les imaginaires du ciel étoilé ».

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[1] Abraham est considéré comme un chef de paix.

[2] Expression traditionnelle du Zohar : un “certain” désigne n’importe qui, un quidam, un tel et un tel, avec un sens collectif.

[3] Voir G. S. Oegema, The History of the Shield of David : the birth of a symbol (Peter Lang, Germany, 1996) p. 13, note 1.

[4] Voir Gershom Scholem, Le messianisme juif (chapitre « Etoile de David, histoire d’un symbole », p. 380). Gikatilla a vécu surtout à Ségovie (Espagne). – Disciple et successeur désigné du cabaliste Abraham ben Samuel Aboulafia (1240-1291), sa philosophie s’inscrit dans son prolongement.

[5] Voir Sicle du sanctuaire, Moïse de Léon, trad. Charles Mopsik, éd. Verdier, 1996.

[6] Nicolas Vinel, « Le judaïsme caché du carré Sator de Pompéi », Revue de l’histoire des religions, 2 | 2006. URL : http://rhr.revues.org/5136

[7] Voir Bailly.

[8] Voir http://www.universalis.fr/encyclopedie/arithmosophie/(article d’Antoine Faivre)

[9] Voir Gerbern S. Oegema op. cit. p. 17.

[10] Xe siècle avant notre ère (1004 à 965 avt).

[11] David comme modèle de royauté dans la Bible : voir I Rois 11, 34-36 ; 15, 3-5 ; 2 Rois 18, 3, 22, 2 /roi idéal de l’avenir, du Messie (Es. 11, 1 ; Jér. 23, 5 ; Ezech 34, 23 ; Os. 3, 5)

[12] Le Sicle du sanctuaire, op. cit. p. 213.

[13] Voir Talmud traité Roch ha-Chanah 25a, cité dans Zohar I, 192b.

[14] Voir Le Sicle du sanctuaire, op. cit. p. 213.

[15] Voir Talmud traité Roch ha-Chanah 25a, cité dans Zohar I, 192b.

[16] Voir L’Alphabet sacré, Adin Steinsaltz, Josy Eisenberg, Paris, Fayard, 2012, p.92.

[17] Selon Gershom Scholem.

[18] se trouvent dans le Document de Damas 7 :14-21 de la communauté de Qumran au 1er s avant notre ère., le livre juif égyptien des Oracles Sibyllins III : 652-656 du 2e s avt notre ère cité dans Oegema The History of the star of David, op. cit. p. 33.

[19] Voir Moshe Idel, Messianisme et mystique (coll. Patrimoines judaïsme, Cerf, 1994), p.27.

[20] Id., ibid. Moshe Idel : selon M. Idel, Élie fait allusion à la force intellectuelle et le fils de David à la force prophétique (Talmud Babylonien, Yehamot 62a).

[21] Messianisme et mystique (Moshe Idel, patrimoines judaïsme, Cerf, 1994), p.28.

[22] Philosophes taoïstes, « Tchouang-tseu. L’œuvre complète II », chap. 3 « Principe d’hygiène », Paris, La Pléiade, Gallimard, 1980, p. 105.

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