Gao Xingjian 高行健 et la création : un entretien exclusif…


Gao Xingjian 高行健 (prix Nobel de littérature 2000) livre dans un entretien, réalisé dans son appartement parisien le 3 février 2014, les aspects essentiels de son œuvre – littéraire, picturale, cinématographique – foisonnante, polymorphe, d’une richesse inépuisable.  Y participe également son principal traducteur français et ami, Noël Dutrait, professeur de littérature comparée à l’Université d’Aix-Marseille…

Gao Xingjian et Noël Dutrait (3 février 2014, Paris)

Gao Xingjian et Noël Dutrait (3 février 2014, Paris) >>> Pour accéder à la vidéo, cliquez sur la photo

« J’ai eu plusieurs vies : une vie en Chine, cette page est définitivement tournée, ça ne m’intéresse plus. […] Une autre vie, celle de l’exil en 1989, avec les événements de Tian’anmen, et un statut de réfugié politique. […] Ma troisième vie, avec mes créations en tant qu’écrivain et artiste français, puis l’obtention du prix Nobel, et les voyages en Europe, en Asie, etc., avec les rencontres, les créations et les projets dans le monde entier. Je me sens de ce fait citoyen du monde. […] Je propage et défends une culture universelle. »

Le romancier remarque à propos de La Montagne de l’âme, son roman primé au Nobel (2000) que « ce n’est pas un roman normal, c’est tout à fait une quête, […] il y a tous genres dedans : des réflexions théoriques, linguistiques, sur l’histoire, sur la naissance de la civilisation humaine. […] Il y a comme des cahiers de notes, de voyage. […] J’ai tenté de rassembler tout ce qui peut entrer dans un roman ». Gao confie son vif intérêt pour l’anthropologie et les sociétés primitives, pour le folklore, l’archéologie, etc.

Le théoricien développe amplement la question de la création artistique dont l’esthétique propre à chaque domaine est liée à une pratique particulière et souligne ainsi la différence entre la conception philosophique de l’esthétique et la sienne, celle de l’artiste : il traite la question de la langue et comment, au-delà d’elle, on aborde la réalité du monde extérieur et intérieur, la nature humaine. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas la langue, mais la parole singulière vivante : « L’écriture est une voix humaine ». C’est pourquoi Gao laisse toute liberté à ses traducteurs de réinterpréter ses textes, d’autant qu’il connaît la tâche puisqu’il a été lui-même traducteur pendant de nombreuses années. Noël Dutrait en témoigne dans l’entretien.

« Les Chinois ne comprennent pas ma peinture » confie le plasticien, car bien que la matière, l’encre, le pinceau soit chinois, son œuvre ne l’est pas : « Ma peinture est entre les deux cultures, mais c’est quelque chose de nouveau. Je suis beaucoup mieux compris par les Occidentaux que par les Chinois ».

Enthousiaste et ému à l’évocation de son dernier film intitulé « le Deuil de la beauté » (titre également d’un recueil de poèmes) – « J’avais ce rêve-là quand j’étais tout jeune étudiant, finalement on l’a réalisé plus de cinquante ans après » -, le cinéaste revient sur son long ciné-poème de deux heures, tourné en 2013, dans son atelier à Paris. Il détaille les conditions du tournage de ce film, « tout à fait non commercial, […] tout à fait hors-norme, […] sans subventions institutionnelles », pendant trois ans, avec une troupe de quarante comédiens-danseurs où chacun a pu exprimer sa personnalité. « C’est une critique de notre époque mais aussi un hommage à cette richesse du patrimoine universel, cette richesse humaine, depuis l’antiquité grecque jusqu’à nos jours, de l’Orient à l’Occident. Tout est là ! C’est un appel à une nouvelle renaissance ». Et Gao de s’exclamer : « C’est énorme, avec si peu de moyens ! Mais c’est la liberté, c’est la joie !».

Entretien réalisé par Muriel Chemouny, le 3 février 2014 à Paris, diffusé sur les sites Archives Audiovisuelles de la Recherche, Canal U  et  ALIA – Atelier Littéraire d’Ici et d’Ailleurs (Fondation Maison des Sciences de l’Homme, Paris).

_________________________

Documents annexes

– blog de l’université d’Aix-Marseille IrAsia et carnet de recherche de l’axe Leo2t de l’IrAsia (UMR 7306 : CNRS/Aix-Marseille Université) consacré aux littératures d’Extrême-Orient, textes et traduction.

– curriculum vitæ de Noël Dutrait Noel-DUTRAIT-CV.

– « Fiction et mémoire interdite : le cas de Gao Xingjian, prix Nobel de littérature » : conférence filmée de Zhang Yinde – professeur de littérature comparée à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 -, autre traducteur français de l’œuvre de Gao Xingjian (intervention en 2008 dans le cadre des Rencontres littéraires d’Aubrac).

– « Traducteurs au travail » : entretien avec Gao Xingjian, propos recueillis par Michel Volkovitch (TransLittérature, 1996) sur le thème de la traduction.

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s