La quête de l’immortalité en Chine : l’empereur Wudi des Han (3)


Wudi (-156 - -87) des Han

Wudi (-156 – -87) des Han

L’échec du premier empereur de Chine, Qin Shi Huangdi (-259 – -210), n’a pas servi de leçon à ses successeurs et, loin de perdre de sa fascination, l’immortalité ne va cesser d’être convoitée, et sa quête atteindre son apogée sous la dynastie des Han (206 avt J.C.- 220 après J.C.), avec une autre figure impériale majeure, celle de Wudi (-140 – -87).

Voici le regard que porte sur lui un auteur, que Voltaire estimait grandement – Jean-François de La Harpe (1739-1803), écrivain, poète et rédacteur d’un Abrégé de l’histoire générale des voyages, d’où est tiré l’extrait qui suit et fait plein écho à Voltaire :  » Wudi, 6e empereur de la dynastie des Han, se livra uniquement à l’étude des livres magiques sous un chef de cette secte, nommé Li-chao-kiun [Li Shaojun] – la secte à laquelle La Harpe fait allusion est celle des partisans de Laozi, les taoïstes -. Son exemple – poursuit-il – entraîna quantité de seigneurs dans les mêmes sentiments, et remplit sa cour de quantité de faux docteurs. La mort lui ayant enlevé une de ses femmes, dont la perte le rendit inconsolable, un magicien de la secte employa ses enchantements pour lui faire voir la personne qu’il regrettait. » Et La Harpe de conclure que « […] ce prince but plusieurs fois de la liqueur d’immortalité ;  mais s’apercevant à la fin qu’il n’en était pas moins mortel, il déplora trop tard l’excès de sa crédulité« [1]. L’empereur Wu – rapporte l’historien Sima Qian – avait engagé, tout comme Qin Shi Huangdi, des expéditions en mer, des bateaux en grand nombre, et ordonné à ceux qui avaient parlé des montagnes saintes de la mer d’aller rechercher les hommes divins du mont Penglai.

Wudi s’était entouré de personnages qu’on appelait les « maîtres des techniques » ou « experts en méthodes », les fangshi. Ceux-ci se réclamaient de l’empereur mythique Huangdi, l’Empereur Jaune et de Laozi, le Vieux maître. Huangdi – vénéré comme déité du ciel, Auguste Empereur ou Empereur Jaune selon les époques -, était lié dans l’antiquité chinoise aux guildes de potiers et de forgerons, les ancêtres des alchimistes, dont il deviendra d’ailleurs le patron. Ces maîtres des techniques utilisaient, entre autres substances et substances minérales en particulier, le cinabre ou sulfure de mercure – que l’on trouve en Chine à l’état naturel – et l’or, toutes deux prisées pour élaborer drogues, breuvages et autres potions d’immortalité. D’ailleurs, le terme qui désigne l’alchimie en Chine est cinabre ou cinabre-or, ou encore « jaune et blanc« , couleurs respectives de l’or et du mercure. L’alchimie, par des opérations d’inversion du processus de transformation naturel, prétend transmuter le cinabre en or. Parmi ces « maîtres des techniques », les alchimistes, un certain Li Shaojun se présenta à l’empereur Wu. Ce dernier en reçut les enseignements relatifs à la fabrication de l’or alchimique comme « art de prolonger la vie selon les pratiques de l’Empereur Jaune ». Pour ce faire, Li Shaojun conseilla notamment à l’empereur Wu de « sacrifier au fourneau » afin de convoquer les êtres immortels. Le sacrifice au fourneau consistait, pour schématiser à l’extrême, en des cérémonies rituelles que l’empereur devait accomplir en certains lieux sacrés, à certaines périodes de l’année, conformément aux rythmes cosmiques et avaient valeur d’acte de gouvernement. Une fois les immortels convoqués, leur présence permettrait alors de transmuter la poudre de cinabre en or jaune. Avec cet or alchimique seraient fabriqués des ustensiles pour boire et pour manger dont les propriétés de pureté, d’inaltérabilité, d’incorruptibilité, de pérennité – toutes propriétés yang relevant de la Voie du ciel dont les vertus se transmettraient à celui qui les utiliserait. Point encore d’immortalité, mais de la longévité. Car pour devenir immortel, l’empereur ou le roi alchimiste qui aurait obtenu la longévité devrait se rendre sur l’île des Bienheureux de Penglai afin d’y voir les immortels, puis devrait effectuer les sacrifices voulus.

Wudi ne connut pas davantage l’immortalité que Qin Shi Huangdi…  Mais le comble, c’est que son plus farouche détracteur, La Harpe, rejoignit, quant à lui, les immortels… académiciens !

Muriel Chemouny


[1] J.-F. de la Harpe, Abrégé de l’histoire générale des voyages, tome VII, éditions Étienne Ledoux, Paris, 1820, p. 320.

[2] De la tradition HuangLao, des noms de Huangdi et de Laozi.

[3] Par ailleurs aussi celui des pratiques divinatoires et médicales.


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