Éden עֵדֶן, flot de délice infini


Religions et histoire n° 54 (janvier/février 2014)La revue bimestrielle Religions et histoire (n°54, janvier/février 2014) – « Enfers paradis et autres lieux : les représentations de l’Au-delà » – vient de paraître !

Dernier numéro sous la responsabilité de Virginie Lérot, car la rédactrice en chef migre vers d’autres lieux… Entre autres contributeurs à ce numéro, j’ai remarqué notamment Régis Boyer, spécialiste de la mythologie scandinave, fidèle participant aux Rencontres d’Aubrac pendant de nombreuses années, dont j’ai présenté dans ce blog l’une des conférences dédiée à l’Arbre du monde.

Que nous promet cette revue sur l’Au-delà ?

« L’au-delà. Images de brasiers aux supplices innombrables, visions idylliques des félicités réservées aux justes… Mais encore? Pétri de culture chrétienne, fût-ce sans en être pleinement conscient, l’homme occidental tend à associer, de manière très restrictive, l’au-delà à ces deux lieux antithétiques, le paradis et l’enfer. Ces espaces dédiés à la récompense et au châtiment sont ancrés dans notre imaginaire. Pourtant, ce ne sont pas les seuls lieux que l’on ait inventés, conceptualisés à travers le monde. Les religions n’ont jamais manqué d’inspiration en la matière! Des points communs se retrouvent d’une civilisation à l’autre, mais des différences aussi, liées à l’histoire, à la culture, au contexte propres à chacune. C’est un panorama, inévitablement superficiel – le sujet est si vaste! –, de ces diverses représentations du monde de l’après-mort que proposent les prochaines pages. »

Éden et jardin d’Éden

Dans ce numéro, j’ai choisi de présenter l’Éden hébraïque, le jardin d’Éden, dégagé des clichés véhiculés par les conceptions religieuses et artistiques occidentales depuis des siècles, une vision qui entre curieusement en résonance directe avec certaines conceptions philosophiques chinoises, même si la forme et le contexte historique et culturel sont évidemment fondamentalement différents.

« Assimilé à l’Atlantide, au Jardin des Hespérides, en passant par l’Eldorado et autres pays de Cocagne, l’Éden n’a cessé d’être convoité par les hommes en mal de bonheur voire d’opulence.

De celui des origines à l’Éden perdu et mortifère des arts, le spectre est large, oscillant entre espoir pour les uns et désespoir pour les autres. La création artistique s’est nourrie de tous temps de ce thème intemporel indéfectiblement lié à la chute de l’homme et à la recherche, non plus de l’Éden au sens strict, mais de l’idée plus large qu’on se fait d’un paradis perdu lié à l’âge d’or de l’humanité. Pour preuve, les œuvres de Jérôme Bosch (v.1450-v.1516), Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), Marc Chagall (1887-1985), parmi de nombreuses autres, en peinture. Charles Baudelaire associe la poésie lyrique à la recherche d’un Éden perdu en affirmant que « tout poète lyrique en vertu de sa nature opère fatalement un retour vers l’Éden perdu » (voir « Les curiosités esthétiques ») ;  tandis que Jack London donne à son personnage le nom propitiatoire de Martin Eden jouant sur un mécanisme tragique lié à la double signification d’Éden, paradis et chute, calqué sur la structure du récit biblique, menant inexorablement à la mort.

Le jardin d'Eden (Lucas Cranach, l'Ancien (1472-1553)  1530

Le jardin d’Éden (1530, Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553) 

Mais de quel Éden parle-t-on ? De celui des origines à l’Éden perdu et mortifère des arts, le spectre est large, oscillant entre espoir pour les uns et désespoir pour les autres. Que sont l’Éden hébraïque, le jardin d’Éden antérieur à la Chute ? L’étymologie d’abord, l’interprétation kabbalistique ensuite ouvrent des horizons inattendus à qui se penche sur la question. Plus qu’un lieu, c’est un projet édénique au déploiement infini qui se dévoile[...] « 

Cet article reprend en partie les propos de ma conférence dispensée aux 18es rencontres d’Aubrac en août 2013, dont la thématique portait sur les imaginaires de l’Éden. Pour voir la vidéo de la conférence, cliquez sur l’image :

Les imaginaires de l'Eden (18es rencontres d'Aubrac)

Les imaginaires de l’Eden (18es rencontres d’Aubrac)

  

Et la chute ?

Elle ne figure pas au menu de l’article ! Mais j’avais prévu un encadré pour « Religions et histoire », que je vous livre ici avec plaisir :

Dans Mondes clos. Cultures et jardins, supplément à la revue genevoise d’anthropologie et d’histoire des religions ASDIWAL, paru en avril 2013 aux éditions Infolio, Thomas Römer, professeur au Collège de France, s’interroge, à propos de la « chute », dans son article « Du jardin d’Eden au jardin du Cantique des Cantiques », sur le lien entre la connaissance et la mortalité humaine.

De l’Adam originel – mâle et femelle à la fois – au couple formé par Adam et Eve chassés du jardin de délice pour cause de transgression, se dessinent deux mondes, un avant et un après. L’après, la « chute », se joue autour des deux arbres du jardin d’Eden – celui de la vie lié à l’immortalité, celui de la connaissance du bien et du mal lié à la mortalité – et de la transgression. La consommation du fruit provoque l’expulsion du couple hors du monde clos divin immortel et le condamne au monde mortel. Pour T. Römer, « cette expulsion du jardin est alors peut-être une nécessité pour que le premier couple puisse vraiment devenir le couple qui est à l’origine des généalogies humaines. » de façon à marquer une séparation étanche entre divin et humain. « En ce sens, il ne s’agit pas d’un récit de la « chute », comme le veut la tradition chrétienne, mais d’une réflexion sur ce qui distingue l’homme des dieux, et sur la condition de l’être humain, qui est condamné à mourir mais qui a néanmoins en lui quelque chose qui le rapproche des dieux ».

Muriel Chemouny, 2013.

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